Portrait

«La formation d’un cadre éducatif doit s’articuler avec l’expérience terrain»

Après une licence en Sciences de l'éducation, Sixtine a poursuivi en Master PIF Cadres d’Éducation de l'ICP campus de Reims. Elle tente cette année le concours pour être CPE dans l'enseignement public. Découvrez pourquoi elle a choisi ce métier et comment elle s'y prépare.

Etudiante master PIF Cadres d'éducation Sixtine Delangle

Quel est votre parcours ?

Titulaire d’un baccalauréat scientifique, j’ai d’abord entrepris une Licence Sciences pour la santé à l’URCA. En deuxième année, j'ai senti qu'un décalage s’était installé entre le contenu de la formation et mes aspirations professionnelles.

En parallèle de mes études, j’exerçais déjà en temps périscolaire, notamment en centre de loisirs et dans l’animation. Le contact quotidien avec les enfants et les jeunes, la gestion de groupes, l’accompagnement dans les temps informels et éducatifs ont progressivement fait émerger une évidence : je me sentais pleinement investie et utile dans ces espaces éducatifs. C’est en confrontant mon parcours universitaire à cette expérience de terrain que j’ai pris la décision de me réorienter.

J’ai ainsi intégré en L2 la licence Sciences de l’éducation de l'ICP campus de Reims. J’ai enrichie ma licence en faisant plusieurs stages auprès de CPE, qui ont confirmé mon intérêt pour les fonctions éducatives et le travail au sein des établissements scolaires. J’ai par la suite intégré le Master PIF parcours Cadres d'Education, dans la continuité de cette orientation assumée vers les métiers de l’accompagnement éducatif.

Pourquoi avoir choisi d'intégré le Master PIF Cadres d'Education ? 

La structure hybride a d’abord constitué un facteur déterminant : elle me permettait de maintenir une activité professionnelle en parallèle, et donc de rester ancrée dans la réalité du terrain. Pour moi, la formation d’un futur cadre éducatif ne peut pas être uniquement théorique ; elle doit s’articuler en permanence avec l’expérience terrain. L’effectif restreint a également pesé dans mon choix. Je recherchais un cadre propice aux échanges, à la réflexion collective et à un accompagnement individualisé. La possibilité de dialoguer librement avec les enseignants, de questionner, de débattre et de confronter les points de vue est, selon moi, essentielle dans une formation qui prépare à des responsabilités éducatives. Enfin, la reconnaissance du diplôme et son inscription claire dans le champ des cadres éducatifs ont confirmé mon orientation.

Que pensez-vous de ce master et de son rythme (présentiel et distanciel) ? 

Le rythme hybride a ses points positifs et ses points négatifs. Ne pas avoir cours tous les jours et avoir un temps plein à côté est bien sûr le plus gros point positif. Mais je n'ai pas la sensation d'être étudiante entre chaque période de cours en présentiel. Notre promotion très restreinte est aussi un point très positif : pouvoir dialoguer aussi librement avec nos enseignants et qu'ils soient à l'écoute est quelque chose d'unique. 


Dans quels environnements professionnels évoluez-vous en parallèle de votre master ?

En parallèle de ce master, j’exerce en tant qu’assistante d’éducation dans deux établissements : un mi-temps dans un collège et un mi-temps en internat dans un lycée. Je suis également animatrice en centre de loisirs les mercredis. Cette diversité de contextes constitue une véritable richesse professionnelle.

En collège, je suis confrontée aux enjeux de l’entrée dans l’adolescence, à la construction des repères, aux premières tensions liées à l’autonomie. En internat, la dimension éducative est encore plus marquée : la gestion de la vie collective, la régulation des conflits, l’accompagnement du quotidien et des temps informels prennent une place centrale. Mon rôle ne se limite pas à une surveillance ; il s’inscrit dans une posture éducative. Être présente, disponible, capable d’écouter, d’intervenir avec justesse, de poser un cadre clair tout en maintenant le dialogue sont des compétences que je développe quotidiennement.

En centre de loisirs, j’interviens auprès d’un public encore plus jeune, de la maternelle au primaire. Cela m’oblige à adapter constamment ma posture, mon langage et mes pratiques éducatives.

Quel est votre projet professionnel ?

Je présente cette année le concours de CPE dans l’enseignement public avec la volonté d’intégrer durablement l’Éducation nationale. Le métier de CPE représente pour moi bien plus qu’une fonction de gestion ou de régulation : il s’agit d’un rôle charnière, à la croisée de l’éducatif, du relationnel et de l’institutionnel. Les expériences que j’ai vécues en tant qu’assistante d’éducation m’ont montré combien certains élèves ont besoin d’un espace d’écoute sécurisant au sein de l’établissement. Être CPE, c’est pouvoir agir à la fois en prévention, en médiation et en accompagnement individuel, notamment auprès de jeunes en difficulté, en rupture ou en questionnement. Je souhaite m’inscrire dans une démarche éducative attentive aux vulnérabilités, qu’elles soient scolaires, sociales ou personnelles.

À plus long terme, je nourris également le projet de créer une structure extrascolaire inclusive, destinée notamment aux enfants présentant un handicap mental ou des troubles du spectre de l’autisme. L’objectif serait de proposer un lieu adapté, à la fois structurant et ouvert, permettant des interactions entre enfants aux profils variés dans un cadre réellement inclusif. Mon ambition serait de créer un environnement où chaque enfant pourrait trouver sa place sans être défini uniquement par ses difficultés. Ce projet s’inscrit dans une vision plus large : contribuer à une société où l’inclusion ne relève pas d’un discours, mais d’une organisation concrète et réfléchie des espaces éducatifs.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui souhaitent se diriger vers ce master ? 

Ce master est exigeant et très complet ; il permet d’acquérir des connaissances théoriques solides tout en développant une posture professionnelle. Le rythme hybride peut représenter un défi, mais il constitue aussi une opportunité : celle de multiplier les expériences de terrain, d’observer, d’expérimenter et de confronter les apports théoriques à la réalité professionnelle. Je conseillerais également de commencer très tôt à tenir un carnet de réflexion, numérique ou papier, pour y consigner idées de sujets, observations, questionnements. Ces notes peuvent s’avérer précieuses au moment de définir un sujet de mémoire ou d’affiner son positionnement professionnel.

Quel est votre sujet de mémoire de recherche ?

Mon mémoire porte sur les garçons victimes de violences de genre. Ce sujet s’est imposé à moi à la suite d’un travail universitaire mené en M1 à partir d’un rapport de Plan International France (janvier 2024), consacré aux violences de genre subies par un millier de jeunes femmes.Si la nécessité de visibiliser les violences faites aux filles et aux jeunes femmes demeure évidente et indispensable, le cadrage exclusivement centré sur elles a suscité chez moi un étonnement, puis une interrogation plus profonde : que deviennent, dans nos discours institutionnels et scientifiques, les garçons susceptibles d’être eux aussi victimes ? 

Mon travail interroge ainsi les représentations sociales, les cadres institutionnels et les orientations politiques autour des violences de genre chez les jeunes. Il cherche à comprendre si, malgré une intention légitime de protection, certaines approches ne contribuent pas indirectement à une sous-représentation, voire à une invisibilisation, des garçons victimes.

Ce sujet me tient particulièrement à cœur car la littérature scientifique aborde encore très marginalement cette question. Les stéréotypes de genre et les violences sont largement étudiés, mais les garçons sont rarement envisagés comme des sujets vulnérables dans ce cadre. Or, interroger cette absence, c’est aussi questionner nos représentations collectives de la masculinité, de la vulnérabilité et de la légitimité à dire sa souffrance. À travers ce mémoire, je souhaite contribuer, à mon échelle, à une réflexion plus nuancée et plus équitable sur les violences de genre, en milieu éducatif notamment. 

 
Suite à la réforme du recrutement des enseignants, le master MEEF Encadrement Éducatif, parcours Cadres d’Éducation est remplacé progressivement par le master Pratiques et Ingénierie de Formation (PIF), parcours Cadres d’Éducation à partir de septembre 2026. L'entrée dans ce master n'est pas soumise au passage d'un concours.
Le concours de CPE est désormais ouvert aux BAC+3, comme celui du CRPE pour être professeur des écoles. À noter que le statut de CPE diffère dans l’enseignement privé, où l’exercice de la fonction n’est pas conditionné par la réussite à un concours.


>> Postulez sur MonMaster durant la phase complémentaire avant le 25 juin 2026 (choisir lieu 2 pour le site de Reims)  
Publié le 18 juin 2026 Mis à jour le 22 juin 2026

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