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Retour sur le séminaire « Rencontres entre christianisme et traditions d’Asie » : six séances pour penser le dialogue interreligieux autrement

Pendant six séances, chercheurs et spécialistes ont exploré les rencontres entre christianisme et traditions d’Asie, ouvrant un dialogue inédit sur le sacré, les rites et la spiritualité.

ICP_ISTR © Fine Art Images/Heritage Images
D’octobre 2025 à avril 2026, l’Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) de la Faculté de Théologie de l’ICP, en partenariat avec les Missions Étrangères de Paris (MEP), a proposé un séminaire inédit consacré aux rencontres entre christianisme et traditions d’Asie. Pendant six séances, chercheurs, enseignants, religieux et spécialistes des mondes asiatiques ont croisé leurs regards autour de grandes questions anthropologiques, spirituelles et culturelles.
 
Pensé comme un espace d’échange et de réflexion, ce séminaire avait pour ambition de dépasser la simple comparaison entre religions afin de mieux comprendre les mécanismes de transmission, les représentations du sacré et les conceptions de l’être humain dans différentes traditions spirituelles.
 
Au fil des séances, une conviction s’est imposée : le dialogue interreligieux ne consiste pas à effacer les différences, mais à apprendre à les comprendre. Comme l’a rappelé Christophe Decoudun lors de la séance inaugurale, il s’agit avant tout de « comprendre l’autre pour mieux se comprendre soi-même ».
 

Séances 1 et 2 — Qu’est-ce que la religion ?

Le fait religieux entre christianisme et traditions asiatiques

Les deux premières séances ont posé les fondements théoriques du séminaire en interrogeant la notion même de religion et de fait religieux.
Christophe Decoudun, Étienne Frécon et Nicolas Boin Principato ont montré combien ces notions, souvent évidentes dans le contexte occidental, deviennent complexes lorsqu’elles sont appliquées aux traditions asiatiques.
 
Étienne Frécon, fort de son expérience missionnaire à Taïwan, a notamment expliqué comment la rencontre avec le monde chinois transforme profondément le regard porté sur le christianisme lui-même. Il a insisté sur l’importance de la langue, de l’harmonie et de l’inculturation dans la compréhension des spiritualités asiatiques.
De son côté, Nicolas Boin Principato a proposé une réflexion sur l’hindouisme et les traditions indiennes, rappelant que les textes, les philosophies et les pratiques spirituelles ne peuvent être réduits à une définition figée de la religion. Le dialogue interreligieux apparaît alors comme un travail d’écoute et de traduction des concepts plutôt qu’une recherche artificielle de similitudes.
 
La deuxième séance est revenue sur ces premières notions en approfondissant la question du rapport entre harmonie, vérité et transmission dans les traditions chinoises et indiennes. Les intervenants ont également insisté sur le rôle du langage et des systèmes symboliques dans la manière dont chaque culture pense le sacré.
 

Séances 3 et 4 — La représentation du sacré

Images, symboles et spiritualités

Le second cycle du séminaire, consacré à la représentation du sacré, a réuni Iliana Karaska, spécialiste du patrimoine chrétien, et Alexandre Astier, spécialiste des arts indiens.
Lors de la première séance, les intervenants ont exploré la dimension politique des œuvres religieuses, en montrant comment celles-ci peuvent être liées à des formes de patronage politique ou participer à la politisation de certaines figures spirituelles. À travers différents exemples, ils ont mis en lumière les liens étroits qui unissent parfois création artistique, pouvoir et religion.
 
La seconde séance a porté sur la représentation de la féminité dans les traditions chrétiennes et indiennes. Les échanges ont permis d’interroger les figures féminines à travers les notions d’incarnation, de symbolique et d’attributs iconographiques, révélant la richesse des significations spirituelles et culturelles qui leur sont associées.
À travers ce dialogue entre spécialistes de l’art chrétien et de l’art asiatique, les participants ont découvert comment les images religieuses ne sont jamais de simples objets esthétiques : elles traduisent une vision du monde, une théologie et une expérience spirituelle.
 
Les échanges ont également porté sur les correspondances possibles entre certaines représentations chrétiennes et hindoues, mais aussi sur les différences profondes qui structurent leurs usages respectifs. Les intervenants ont montré que l’image religieuse peut être à la fois support de méditation, objet rituel, outil pédagogique ou médiation vers le sacré.
Ces séances ont enfin permis d’aborder la circulation des motifs iconographiques entre l’Orient et l’Occident, révélant l’existence d’influences culturelles anciennes souvent méconnues.

Séances 5 et 6 — La métaphysique de l’âme

Renoncement, rites et quête spirituelle

Les deux dernières séances ont porté sur la métaphysique de l’âme et les pratiques de renoncement dans les traditions chrétiennes et hindoues.
Lors de la séance de clôture, le frère Patrick Prétot et l’ethnologue Véronique Bouillier ont proposé une réflexion passionnante sur les rites monastiques et les formes de renoncement dans le christianisme et l’hindouisme.
 
Véronique Bouillier a notamment présenté les rites d’initiation des ascètes hindous, montrant comment le renonçant quitte symboliquement le monde social à travers une série de rites de séparation particulièrement marquants : rites funéraires à soi-même, abandon du nom, rasage des cheveux ou encore adoption d’une nouvelle identité spirituelle.
 
Les discussions ont également permis de mettre en lumière les différences entre les traditions monastiques chrétiennes et hindoues, tout en révélant certaines interrogations communes : comment quitter le monde sans le rejeter ? Quel rôle joue le corps dans la quête spirituelle ? Comment les rites transforment-ils l’identité de celui qui s’y engage ?
 
Cette dernière rencontre a ainsi offert une conclusion particulièrement forte au séminaire, en ouvrant une réflexion plus large sur la manière dont les traditions religieuses façonnent les parcours humains et spirituels.
 

Un séminaire placé sous le signe du dialogue

Tout au long de l’année, ce séminaire aura permis de créer un véritable espace de rencontre entre disciplines, cultures et traditions religieuses. Historiens, théologiens, anthropologues, spécialistes des mondes asiatiques et participants ont pu confronter leurs approches dans un esprit d’écoute et de dialogue.
 
En explorant les notions de religion, de sacré et d’âme à travers les traditions d’Asie et le christianisme, ces six séances ont montré combien la rencontre avec l’autre peut devenir un lieu de réflexion sur nos propres représentations, nos héritages culturels et nos manières de croire.
Publié le 19 mai 2026 Mis à jour le 3 juin 2026

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