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[L'ICP décrypte] Catholicisme aux États-Unis : une Église sous tension

À l'occasion du 250ᵉ anniversaire des USA, nos enseignants analysent les grands enjeux du pays. Ce 1er volet s'intéresse à la religion, et notamment au catholicisme. Politique migratoire, polarisation politique, premier pape américain : Katherine Shirk Lucas décrypte les fractures au sein de cette Eglise plurielle.

eglise etats-unis Pexels

Le catholicisme, une religion majeure aux États-Unis

Quelle est la religion la plus pratiquée aux États-Unis ?

Le protestantisme demeure, dans son ensemble, la première appartenance religieuse du pays, mais aucune de ses multiples branches ne pèse individuellement autant que le catholicisme. Ce dernier constitue ainsi le premier courant chrétien unique des États-Unis, loin devant chaque courant évangélique pris séparément. Une réalité qui surprend souvent en France, où l'image du protestantisme évangélique occulte le poids réel de l'Église catholique.

Quel est le pourcentage de catholiques aux États-Unis ?

Selon le Pew Research Center, environ 20 % des adultes américains se déclaraient catholiques en 2025, et près de la moitié de la population totale entretient encore un lien familial ou culturel avec cette appartenance religieuse. Les États-Unis abritent ainsi la 4ᵉ communauté catholique la plus nombreuse au monde, derrière le Brésil, le Mexique et les Philippines.

Catholicisme et protestantisme : le poids du christianisme américain

Le christianisme reste majoritaire aux États-Unis, mais année après année, le déclin de la religion s'accentue, en particulier au sein des Églises protestantes historiques. Le catholicisme, lui, résiste mieux à ce déclin de la religion, porté par l'immigration hispanique et latino-américaine. Cette recomposition de l'appartenance religieuse nourrit aussi les recompositions politiques, notamment autour de l'administration Trump, dans un paysage marqué par la progression continue des personnes sans-religion.
Groupe religieux Part estimée de la population
Protestants 40%
Catholiques 20%
Sans religion 29%
Autres 11%
 

La situation du catholicisme américain face à la politique de Donald Trump

Cette implantation catholique est indissociable de l'histoire migratoire du pays. « La présence du catholicisme est liée à l'histoire de l'immigration aux États-Unis », rappelle Katherine Shirk Lucas. Selon les régions, le catholicisme porte encore la marque des vagues italiennes, irlandaises ou françaises du XIXe siècle, ou plus récemment de l'arrivée de réfugiés catholiques vietnamiens dans les années 1970. Aujourd'hui, cette Église en croissance grâce à la migration, notamment hispanique et latino-américaine, doit composer avec la politique migratoire de l'administration Trump.

Les conséquences sont directes et concrètes. L'Église catholique américaine dépend en effet de prêtres venus de l'étranger en mission Fidei Donum, une ressource fragilisée par le refus croissant de visas, qui aggrave une pénurie de clergé déjà existante.
Dans plusieurs diocèses, conscients que les agents de l'ICE (l'agence fédérale de l'immigration) postent parfois des contrôles aux abords des paroisses, des évêques ont ainsi choisi de lever l'obligation dominicale d'assister à la messe. Ce geste révèle l'ampleur du climat de peur généré par la politique migratoire actuelle. « Ça montre en fait, pour ces personnes qui vivent dans cette peur permanente d'être arrêtées, et même celles qui ont leurs papiers en règle peuvent l'être aussi, un climat très pénible », souligne Katherine Shirk Lucas.

Par ailleurs, l'Église catholique et ses ONG jouent aux États-Unis un rôle social de premier plan face à l'absence de filet social comparable aux pays européens, notamment à la frontière entre le Texas et le Mexique. D'autres évêques dénoncent ces coupes budgétaires qui touchent de plein fouet l'accueil des réfugiés et migrants.
 

Les fractures politiques et la question du vote catholique

Le vote catholique et la question migratoire

Longtemps, le vote catholique américain s'est structuré presque exclusivement autour de la question de l'avortement, portée depuis les années 1970 par un mouvement pro-life influent. Mais l'invalidation de l'arrêt Roe vs Wade par la Cour suprême a rebattu les cartes : cette question a perdu sa place centrale dans le débat public, conformément au souhait du pape François, qui appelait à ne pas réduire la doctrine sociale de l'Église à ce seul sujet. Désormais, c'est la question migratoire qui s'impose comme l'enjeu le plus sensible pour les catholiques américains, une inflexion confirmée par le magazine Commonweal, qui note que l'immigration est devenue « la préoccupation politique la plus urgente » pour les responsables catholiques du pays. Ce basculement s'inscrit aussi dans la pénétration des idées MAGA aux États-Unis, portées par Donald Trump, qui redessine les priorités politiques d'une partie de l'électorat catholique.

Ce déplacement des priorités ne doit pas masquer un ancrage politique clair : lors de la présidentielle de 2024, les catholiques ont voté majoritairement pour Donald Trump, avec des estimations situées entre 52 % et 56 % selon les instituts de sondage sortie des urnes (Washington Post, AP VoteCast). Cet ancrage à droite se retrouve aussi parmi les candidats eux-mêmes : plusieurs figures proches de la droite chrétienne ont rejoint les rangs républicains ces dernières années. Une orientation encore renforcée par la présence, à la vice-présidence, de JD Vance, un converti au catholicisme après une jeunesse évangélique. Un profil loin d'être isolé : selon le Pew Research Center, 1,5 % des adultes américains, soit environ 4 millions de personnes, ont opéré ce même chemin vers le catholicisme, et ces convertis votent républicain à 60 %, contre 52 % chez les catholiques « de naissance » (Pew Research Center, 2026).

« Il faut être honnête et le dire : le catholicisme américain connaît aussi des clivages », souligne Katherine Shirk Lucas, qui observe une polarisation « peut-être encore plus marquée aux États-Unis, à cause des tensions politiques », jusqu'à rendre difficile ce qu'elle appelle « la conversation civile ». Engagée dans le dialogue œcuménique, Katherine Shirk Lucas y voit une ressource précieuse pour aujourd'hui : « Le mouvement œcuménique peut nous donner un modèle intéressant, parce que ce n'était pas gagné d'avance, et ce n'est toujours pas gagné. Dialoguer ne veut pas dire être d’accord : c’est vouloir vivre ensemble en paix, en respectant la dignité et les différences de chacun.»

La doctrine sociale de l'Église sous Léon XIV

L'élection, en 2025, du premier pape né aux États-Unis a rebattu les cartes du catholicisme américain, tant l'hypothèse d'un pape américain semblait écartée. Léon XIV, qui a longtemps vécu au Pérou avant son élection, n'était pas un cardinal identifié aux États-Unis. Son élection a néanmoins généré un engouement très américain, jusqu'à sa présence remarquée dans un stade de baseball de Chicago, qui a remis l'Église catholique sous les projecteurs médiatiques, dans un contexte de tensions persistantes entre l'administration Trump et une partie de l'épiscopat américain.

L'enjeu de ce pontificat, souligne Katherine Shirk Lucas, est désormais de savoir si Léon XIV pourra faire entendre sa doctrine sociale dans une Amérique polarisée par les choix de Trump. Le choix même de son nom, en référence à Léon XIII et à l'encyclique sociale Rerum novarum, en dit beaucoup sur cette ambition. Un test qui semble déjà porter ses fruits : selon le Pew Research Center, près de 8 catholiques américains sur 10 avaient une opinion favorable du pape Léon en 2026, un chiffre qui résiste à la polarisation partisane, y compris chez les catholiques républicains proches de Trump.

Parmi les combats qui peuvent être portés par ce pontificat figure l'abolition de la peine de mort, encore conservée dans 27 États américains sur 50, en écho direct à la position sans ambiguïté prise par le pape François, qui avait fait modifier le catéchisme de l'Église catholique sur ce point. La Cour suprême conserve un rôle déterminant sur ce dossier, puisqu'elle a validé le maintien de la peine capitale dans plusieurs États malgré les appels à son abolition. « Il y a des paroles qu'on peut entendre d'un pape », estime Katherine Shirk Lucas, y voyant l'occasion pour Léon XIV de porter, en tant que citoyen américain, un message d'« abolition universelle de la peine de mort », dont elle rappelle qu'elle continue de frapper en majorité les États anciennement esclavagistes du Sud du pays.

Sur ce sujet, une figure fait référence outre-Atlantique depuis des décennies : Sœur Helen Prejean, religieuse catholique de Louisiane rendue célèbre par son livre La Dernière Marche (Dead Man Walking), adapté au cinéma avec Susan Sarandon et Sean Penn. Devenue accompagnatrice de condamnés dans le couloir de la mort, elle a consacré sa vie à dénoncer ce qu'elle appelle la déshumanisation au cœur du système de la peine capitale, tout en travaillant à se rendre proche des familles des victimes. « C'est quelqu'un de très franc », salue Katherine Shirk Lucas, qui voit dans son engagement un exemple de la façon dont l'Église catholique américaine peut, selon les mots mêmes de la religieuse, exprimer « une confiance dans l'être humain » face à la justice pénale.
Publié le 25 septembre 2026 – Mis à jour le 25 septembre 2026

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