À Rouen, l’ICP ouvre une nouvelle formation au cœur des enjeux du monde contemporain
À la rentrée 2026, l’ICP campus de Rouen ouvre le Master Géopolitique, Paix et Sécurité (GPS), une formation qui répond à un besoin croissant de compréhension et d’action face aux bouleversements géopolitiques contemporains. Conçu dans une approche résolument transdisciplinaire, ce master propose aux étudiants d’acquérir une solide maîtrise des dynamiques internationales, tout en développant des compétences opérationnelles dans les domaines de la médiation, de la transformation des conflits, de la justice transitionnelle et de l’intervention civile.
Adossée à l’expertise académique de l’ICP et à son approche humaniste des relations internationales, cette formation se distingue par sa volonté de penser ensemble les réalités de la guerre et les conditions de construction de la paix. Elle prépare ainsi les étudiants à évoluer dans des organisations internationales, des ONG, des institutions publiques, des entreprises de conseil ou encore dans les métiers de la diplomatie et de la prévention des conflits.
Pour Yann Poincignon, directeur de l’ICP Campus de Rouen et ancien général, l’ouverture de ce nouveau master s’inscrit pleinement dans les défis de notre époque :
« L’ouverture d’un master traitant des questions de géopolitique et de sécurité prend tout son sens, à l’heure où nos étudiants ont plus que jamais besoin de clefs pour comprendre notre monde en perpétuelle évolution.
Par ailleurs, penser ensemble la guerre et les conflits d’une part, et la paix d’autre part, nous semble aujourd’hui plus que nécessaire, et d’une certaine manière conforme à l’approche transversale de l’enseignement et de la recherche à l’ICP.
Ceci dans une région, la Normandie, qui en a fait la douloureuse expérience, et sur un campus rouennais qui développe, en lien en particulier avec l’Ifomene, une culture des modes alternatifs de règlement des conflits. »
Pour mieux comprendre l’ambition de ce nouveau cursus, Franca Lowener, qui co-dirige avec Cécile Dubernet et Sylvie Bukhari-de Pontual le Master Géopolitique, Paix et Sécurité sur le campus de Rouen répond à nos questions.
Face à la multiplication des conflits et à leur complexité, pourquoi une formation dédiée à la transformation des conflits est-elle indispensable ?
Depuis la fin de la guerre froide, et plus encore depuis les années 2000, la sécurité internationale s'est considérablement dégradée. Les données du SIPRI, qui est l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le montrent clairement : les conflits font plus de morts, les armes sont plus meurtrières, les grandes puissances se font davantage concurrence, et les arsenaux nucléaires grossissent. Plus récemment, des guerres d'une intensité élevée entre États ont resurgi, y compris en Europe.
Des conflits de plus en plus complexes
La mondialisation a rendu les crises plus difficiles à saisir. D'un côté, la frontière entre guerres entre États et guerres civiles s'efface. De l'autre, de nouveaux outils — cyberattaques, désinformation, ingérences politiques — brouillent la limite entre temps de paix et temps de guerre. Un conflit local peut désormais avoir des répercussions mondiales.
Mais la paix reste possible
Ce tableau sombre ne doit pas mener au fatalisme. L'histoire montre que des périodes très sombres ont été suivies de reconstructions durables. L'Europe elle-même, qui a connu des guerres dévastatrices pendant des siècles, en est l'exemple le plus frappant.
Il faut cependant comprendre que la paix n'est pas un état naturel qui s'installerait de lui-même. C'est le résultat d'un travail long et difficile — politique, juridique, social, économique — mené par des générations de femmes et d'hommes.
L'ambition du master
C'est précisément là que ce master trouve sa raison d'être : former des professionnels capables de contribuer à construire cette paix. Des personnes lucides sur la réalité des conflits, mais armées des outils et des connaissances nécessaires pour agir.
En quoi la spécialisation de Rouen prépare-t-elle concrètement les étudiants au terrain ?
La transformation des conflits, qui est la spécialisation spécifique au campus de Rouen, est un processus long et complexe, comme le montrent les exemples de l'Irlande du Nord, de la Colombie ou du Rwanda. L'étude de ces cas nous a permis de mieux comprendre ce qui fonctionne ou non dans les processus de paix.
Mais connaître les outils — médiation, justice transitionnelle, intervention civile — ne suffit pas. Il faut savoir les utiliser sur le terrain, et chaque terrain est différent : contextes, défis et niveaux de risque varient considérablement.
C'est pourquoi notre formation met l'accent sur la pratique. Les étudiants échangent avec des professionnels ayant une expérience concrète de la gestion des conflits, effectuent deux stages sur les deux années du master, et peuvent également réaliser une année de césure pour approfondir leur expérience de terrain.
En quoi ce master marque-t-il un tournant dans l'enseignement de la géopolitique à l'ICP ?
Le mot géopolitique est à la mode, mais son sens est souvent débattu. Traditionnellement, cette discipline analysait les relations internationales à travers des facteurs concrets : ressources, frontières, géographie. Ces éléments restent importants et sont étudiés dans notre master, mais ils ne suffisent pas.
Les conflits, en effet, ne se réduisent pas à des rapports de force matériels. Ils se nourrissent aussi d'émotions — colère, humiliation, méfiance — et de perceptions. À cet égard, une crise internationale n'est pas si différente d'un conflit entre individus : les ressorts humains sont les mêmes, même si les contextes et les échelles diffèrent. Résoudre un conflit exige donc de comprendre ce qui motive chaque partie, et de maîtriser des outils capables d'orienter les acteurs vers une sortie négociée plutôt que violente. C'est pourquoi notre master adopte une approche transdisciplinaire : il croise Géographie, Psychologie, Science politique et autres disciplines pour analyser guerre et paix dans toute leur complexité.