L’IA, la parole, l'intelligence et le vivant

Organisation

Coresponsables

MOREL Isabelle, Professeur, Faculté de Théologie
PRAUD Olivier, Professeur extraordinaire, Faculté de Théologie
 

Membres 

ABDELLI Sami, Maître de conférences, Faculté d'Éducation et de Formation
DE GRAMONT Jérôme, Professeur, Faculté de Philosophie
DE MARLIAVE Marie-Caroline, Professeur extraordinaire, Faculté de Théologie
FINO Catherine, Professeur, Faculté de Théologie
FLORIN Marie-Anne, Maître de conférences, Faculté de Théologie 
GALBOIS LEHALLE Diane, Professeur extraordinaire, Faculté de Sciences sociales, d’Économie et de Droit
KERDRAON Anne-Solen, Professeur extraordinaire, Faculté de Théologie
MUTUALE Augustin, Professeur, Faculté d'Éducation et de Formation
PARAYRE Séverine, Professeur, Faculté d'Éducation et de Formation
SCAGGION Alexandre, Vice-Recteur aux affaires académiques, ICP
SOLIGNAC Laure, Professeur durante munere, Faculté de Philosophie
TAN Caixia, Maître de conférences, Faculté des Lettres
VIVIER-MURESAN Anne-Sophie, Professeur durante munere, Faculté de Théologie
 

Membres d’une autre équipe associés 

DECOUDUN Christophe, Maître de conférences Faculté des Lettres et Faculté de Théologie
 

Doctorants 

MOODLEY Tara, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Philosophie
ALMEIDA Eduardo, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
GEFFRAY Marie, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
OYEGOKE John, Cycle d'études doctorales de la Faculté d’Éducation et de Formation
DIKEBELE Georges, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
DUMONTIER Florent, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
LABY Renaud, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
SARR Alfred Waly, Cycle d'études doctorales de la Faculté de Théologie
 

Membres associés externes 

LLORED Jean-Pierre Noël, Professeur, Centrale Supelec

Activités

L’Intelligence artificielle interroge depuis plusieurs années la réflexion philosophique et théologique, ainsi que la responsabilité éducative. L’impact de ces nouvelles technologies sur les représentations anthropologiques a commencé à être exploré1. Certaines réponses apportées ne laissent cependant pas d’interroger. Certains font par exemple le constat que la machine est aujourd’hui au moins aussi intelligente que l’homme, voire plus, disqualifiant ainsi une définition qui aurait par ailleurs le tort de prétendre définir une nature humaine considérée comme « distincte » de celle des autres créatures2. Peut-on si facilement comparer l’intelligence artificielle à l’intelligence humaine ? Peut-on d’ailleurs réellement parler d’« intelligence » en ce qui concerne les IA actuellement développées ? Définir le logos comme « intelligence » n’est-il pas réducteur ? Il devient urgent de réinvestir ce champ, en restituant notamment à l’intelligence ses liens avec la parole et le vivant. Ce faisant, une définition de l’imago dei comme logos peut être assumée sans séparer l’homme du reste des créatures tout en préservant une possible singularité qui reste à explorer. Il s’agit d’un enjeu fondamental pour la vie en société en général et pour la responsabilité éducative et la vie universitaire en particulier. Telle sera l’hypothèse qui guidera les travaux de cette recherche. Celle-ci se déploiera en trois volets qui ne sont pas nécessairement chronologiques.

Le logos antique restitué

La méfiance à l’égard de la définition patristique de l’imago comme logos ou noûs, naît souvent d’une mécompréhension du sens exact de ces notions, formulées par les Pères à partir d’un double héritage biblique et hellénistique. Il s’agira de revenir aux définitions philosophiques et patristiques, ainsi qu’à l’héritage scripturaire. Ce faisant, nous mettrons en lumière la polyvalence de ces notions qui ne sauraient être comprises hors des champs de la parole et de l’expérience sensible – ou spirituelle.

Penser l’intelligence dans son lien à la parole et au vivant

A partir d’une approche d’ordre phénoménologique, on resituera l’intelligence dans son cadre initial : le vivant, tout en s’interrogeant sur la possible singularité de l’intelligence humaine, comme intelligence d’un sujet advenu à et par la parole. Temporalité, corporéité, relation, conscience, subjectivité, créativité, etc. : ces catégories et d’autres seront convoquées pour penser l’intelligence, dans une double perspective de continuité et de singularité de l’humain par rapport au reste du vivant. Cette quête mènera naturellement à approfondir également le statut de la parole, en entretenant un dialogue fécond avec le champ de la littérature et les sciences de l’éducation.

Comprendre l’intelligence artificielle et penser les conséquences de ses usages

Pour mener à bien cette recherche, il convient de ne pas demeurer analphabète concernant l’objet qui l’a suscitée. Il sera donc essentiel de se mettre au clair avec ce dont on parle quand on évoque les IA : historiquement pour en comprendre la genèse, techniquement pour prendre position objectivement. Que devenons-nous, en tant qu’humains, avec une utilisation exponentielle de l’IA ? Quel type de société cela crée-t-il ? Qu’est-ce que l’on construit avec l’IA ? L’enjeu principal serait, sans diaboliser son usage, ni l’idolâtrer, de se demander si et à quelles conditions, l’usage de l’IA pouvait devenir humanisant ? Les explorations menées dans les deux volets précédents nous permettront de revenir à ladite intelligence artificielle pour mesurer l’écart entre celle-ci et l’intelligence du vivant. Cette réflexion d’ordre théologique et philosophique n’hésitera pas à faire appel aux analyses politiques, économiques et sociologiques des usages de l’IA et aux risques que ceux-ci pourraient faire peser sur nos sociétés s’ils étaient insuffisamment régulés (maux psycho-sociaux, fragilisation de la démocratie, etc.)3.
 

Notes

1. Voir par exemple, pour la littérature francophone : P. Giorgini et T. Magnin, Vers une civilisation de l’algorithme ?, Paris, Bayard, 2021 ; « L’Intelligence Artificielle : un défi à l’humain, imago Dei ? », RSR, 111, 2023/4 ; T. Magnin, P. Gagnon et Paulo Rodrigues (dir.), Sciences, technosciences et foi, à l’heure de l’écologie intégrale, Lille, Saint-Léger éditions, 2025.
2. Voir Marius Dorobantu, « Interpréter l’humain - L’Imago Dei à l’heure du numérique », p. 661-678 ; Christof Betschart, « L’humain imago Dei et l’intelligence artificielle imago hominis ? », p. 653-659.
3. Nous renvoyons ici au document Antiqua et Nova. Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine (Dicastère pour la culture et l’éducation et Dicastère pour la doctrine de la foi, 14 janvier 2025), qui pointe les différents champs pour lesquels un cadrage éthique de l’IA s’avère nécessaire.