Voyez ou revoyez « Religions en postmodernité. Vers une postreligion », la soirée de réflexion qui a proposé d’interroger les profondes transformations du religieux dans un monde marqué par la mondialisation, la fragmentation culturelle et les recompositions identitaires.
Une rencontre autour d’un ouvrage collectif majeur
Organisée par l’Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) de la Faculté de Théologie et la Faculté de Sciences sociales, d’Économie et de Droit de l’ICP, la soirée était consacrée à la présentation de l’ouvrage Religions en postmodernité. Vers une postreligion, éditions du Cerf, 2025, dirigé par :
ICP F. Albert Corinne Valasik
ICP Xavier Gué
Issu d’un colloque tenu en avril 2024, cet ouvrage collectif réunit théologiens, sociologues, politistes, historiens et spécialistes des religions afin de repenser le concept même de « religion » hérité de la modernité européenne.
La « postreligion » : un concept pour penser autrement le religieux
En ouverture de la soirée, Xavier Gué, directeur de l’ISTR et coéditeur de l’ouvrage, a posé le cadre intellectuel de la rencontre. Revenant sur la genèse du livre, il a exposé la notion de postreligion, entendue non comme disparition du religieux, mais comme reconfiguration de ses formes, de ses langages et de ses fonctions dans la postmodernité.
Trois dynamiques majeures ont été mises en avant :
-
le religieux comme langage de réenchantement face à l’épuisement des récits modernes,
-
une repolitisation du religieux, parfois source de tensions et d’instrumentalisations,
-
une normativisation répondant aux quêtes de sécurité et d’identité dans des sociétés perçues comme instables.
Olivier Roy : décristianisation, identités et recompositions
La conférence centrale a été donnée par
Olivier Roy, directeur de recherches au CNRS et spécialiste reconnu du rapport entre religion et politique.
À partir de ses travaux, il a proposé une analyse critique du récit classique de la sécularisation, soulignant que celle-ci n’entraîne ni la disparition du religieux ni celle des croyances, mais plutôt leur
déculturation.
Selon lui, la modernité a progressivement dissocié religion, culture et anthropologie, produisant des formes religieuses fragmentées :
-
des communautés de foi resserrées sur des pratiques identitaires,
-
des spiritualités individualisées orientées vers la réalisation de soi,
-
et des usages politiques du religieux détachés des traditions vivantes.
Cette recomposition nourrit des logiques identitaires et populistes, où le religieux devient davantage un marqueur culturel qu’une expérience spirituelle enracinée.
Échanges et perspectives
Les échanges avec le public ont permis d’élargir la réflexion à d’autres traditions religieuses, aux nouvelles spiritualités, aux rapports entre religion et science, ainsi qu’aux effets de la mondialisation et des migrations sur les formes contemporaines du croire.
Plusieurs interventions ont également interrogé la capacité des religions à constituer encore aujourd’hui des ressources critiques et anthropologiques face aux crises culturelles et politiques.
Penser le religieux au-delà de la modernité
Disponible en replay, cette rencontre offre des clés de compréhension essentielles pour penser les mutations actuelles du religieux, au croisement de la théologie, des sciences sociales et de la philosophie. Elle invite à dépasser les catégories héritées de la modernité pour mieux saisir les formes plurielles, parfois paradoxales, que prend le religieux dans le monde contemporain.
Voir le replay de la conférence