Pourquoi célébrer les 200 ans de la photographie en 2026 ?
On fête en réalité la création en 1827 par Nicéphore Niépce de la première héliographie sur plaque d'étain, et qui est aujourd'hui conservée au Harry Ransom Center, à Austin, au Texas. C'est la plus ancienne trace conservée d'un procédé qui capte la lumière extérieure par l’intermédiaire d’un instrument optique (une chambre noire) et l’enregistre de manière permanente sur une surface photosensible (du bitume de Judée, qui durcit à la lumière). C'est un jalon fondateur de l'histoire de la photographie.
Au départ, la démarche est avant tout commerciale. Niépce est un inventeur qui cherche à mettre au point une machine capable de reproduire les images plus vite et à moindre coût que les autres techniques de gravure.
Il s'associe ensuite à Louis Daguerre, alors décorateur de théâtre à succès grâce au diorama, pour développer ensuite cette technique. Après la mort de Niépce, Daguerre met au point le daguerréotype qui sera présenté en 1839 par François Arago à l'Académie des sciences. L'État lui accorde une rente viagère en échange, et la technique est diffusée dans le monde entier, sans qu'aucun brevet ne soit déposé. C’est la date de naissance convenue de la photographie, même si le terme en lui-même ne sera vraiment utilisé qu’à partir des années 1850. A cette période, des ateliers de photographes commencent à fleurir un peu partout dans le monde, des Etats-Unis au Japon.
La photographie a-t-elle concurrencé la peinture ?
Au départ, la photographie n'est pas perçue comme un art, les critiques clament qu’il y manque la main de l'artiste et sa capacité d'interprétation. On considère, à tort, qu’il suffit de poser son appareil, et d'attendre que l'image se fasse. En ce sens, elle ne concurrence donc pas vraiment la "grande peinture", mais plutôt les ateliers de gravure et les petits portraitistes. C’est à leur dépens qu’apparaissent nombre de studios/boutiques de photographes.
Cela dit, il y a tout de même une influence réciproque. Progressivement, la peinture adopte certains points de vue de la photographie, notamment dans le cadrage. Un bel exemple est la toile de Manet La Musique aux Tuileries qui présente un groupe de bourgeois rassemblés sous les arbres du jardin parisien, en marge d’un supposé concert. La foule est saisie avec une spontanéité toute photographique : certains regardent directement vers nous, d’autres discutent, sur les bords des personnages sont coupés. D’autre part, la photographie permet aussi aux peintres de faire des images de nu, ce qui leur coûte moins cher que de faire poser un modèle.
La photographie a d'abord essayé d'imiter la peinture avec des figures pionnières comme Julia Margaret Cameron ou les pictorialistes des années 1880-90. Mais plus on avance dans l'histoire, plus on voit que la photographie a développé ses qualités propres et son propre point de vue sur le monde. Dans les années 1920, la photographie s'impose comme un art à part entière grâce aux avant-gardes. Les dadaïstes inventent le photomontage, et Man Ray en fait un terrain d'expérimentation avec ses « rayogrammes ». Avec le surréalisme, elle redevient un terrain d'expérimentation.
Avec le Smartphones et l'intelligence artificielle, quel est notre rapport aux images aujourd'hui ?
En changeant notre manière de percevoir le monde, la photographie s’est rapidement vue attribuée un certain nombre de qualités, pas toujours avérées. Sa vraisemblance (on parlait d’un miroir figé) autant que la supposée objectivité du procédé (c’est la lumière qui crée l’image et non une main subjective) maintiennent encore aujourd’hui cette croyance en une vérité photographique. Or, la photographie est manipulable depuis sa naissance.
Les smartphones et les outils numériques, dont les réseaux sociaux et l’IA, sont les dernières évolutions en date d’une très longue liste. Ils amènent à reconsidérer les modalités de production de l’image photographique, de transformation et de diffusion. Pourtant, paradoxalement, on ne questionne pas encore assez les images photographiques alors qu'elles prennent une place grandissante dans notre vie quotidienne et nos apprentissages.
Au XVe siècle, le développement de l'imprimerie permet de diffuser beaucoup plus de textes : la circulation du savoir par l’écrit s’impose définitivement. Aujourd’hui, le savoir se diffuse de plus en plus par les images, même si elles ont quasiment toujours besoin du texte pour exister. Certains auteurs parlent de pictorial/iconic turn (virage iconique) pour définir ce changement. Il faut donc beaucoup plus éduquer nos enfants qui ont une appréhension intuitive des images et leur donner des clés de lecture pour analyser les images, exercer leur esprit critique.
Si on en revient à l’histoire de l’art, celle-ci n’échappe pas à la surenchère des reproductions photographiques, papiers ou numériques. Certes, c’est lié à une forme de démocratisation d’accès à l’art, mais on oublie parfois que les œuvres méritent d’être vues en vrai. Avant, on allait voir la chapelle Sixtine une fois dans sa vie, et il fallait en profiter, car on savait qu'on ne la reverrait pas. Aujourd'hui, on peut la voir et la revoir à l’infini, depuis notre canapé : ce n'est plus du tout le même rapport à l'image et à l'œuvre. Et c’est aussi le cas pour des œuvres conservées juste à côté de chez nous : certains se contentent parfois de regarder des reproductions et ne vont plus systématiquement aux musées, dans des églises ou dans d’autres lieux patrimoniaux.
Dans les cours de licence et master d'histoire de l'art à l'ICP, quelle place est donnée à la photographie ?
Dans notre formation en histoire de l'art à l'ICP, la licence comme le master traitent la photographie comme un médium parmi d'autres, au même titre que la peinture, la sculpture ou l'architecture. Nos enseignants-chercheurs n'ont pas conçu de cours isolé consacré uniquement à l'image photographique : elle est intégrée à l'ensemble des modules, au fil de chaque unité d'enseignement, qu'il s'agisse d'histoire de l'art moderne ou contemporain. Nous enseignons son histoire, ses grandes figures et leurs expérimentations techniques, la manière dont elle a accompagné les grandes ruptures artistiques et sociales depuis deux siècles.
Quelles expositions du Bicentenaire de la photographie nous conseillez-vous d'aller voir ?
Je conseillerais d'abord d'aller voir l'exposition de Stan Douglas au Jeu de Paume : cet artiste canadien met en image des reconstitutions d’époque, anonymes pour la plupart, mais dont les décors, costumes, personnages, stimulent notre imaginaire d’une période précise. Il interroge par son travail la manière dont la photographie construit un rapport toujours renouvelé à l’histoire, un thème que nous retrouvons justement dans notre formation. Les Rencontres d'Arles restent un rendez-vous incontournable pour les amateurs et spécialistes de la photographie. Elles accueilleront en 2027 la clôture du Bicentenaire. Ce sera une très belle fête, ponctuée d’expositions qui sont toujours de très grande qualité (le programme sera publié au printemps),
À l'ICP, la 16e édition de notre cycle de conférences Les Jours de l'art s’intéresse au dialogue initié par la photographie avec l'art et l'archéologie, les œuvres et le patrimoine, à la croisée de l'art, de l'archéologie, à la manière dont elle a transformé notre rapport au patrimoine et à son étude. Nous organisons également un colloque international en juin 2027 intitulé "Sciences humaines et photographiques", labellisé par le Ministère de la Culture dans le cadre des célébrations du bicentenaire. Enfin, nos étudiants de Master préparent des expositions numériques à partir des fonds photographiques de la bibliothèque de Fels. C'est une manière concrète de prolonger la formation au-delà des salles de cours.
FAQ : tout savoir sur les études en histoire de l'art
La licence, une formation généraliste en histoire de l'art
La licence pose les bases : sciences humaines, culture visuelle, méthodologie de la recherche et analyse des œuvres. Les deux premières années installent un socle commun à tous les étudiants, avant que la troisième année n'ouvre vers un choix de spécialité, photographie, histoire du cinéma, arts décoratifs. On y apprend à lire une œuvre, à la situer dans son contexte et à construire une argumentation critique. Ce parcours histoire généraliste prépare directement à la poursuite en master histoire, en donnant les outils méthodologiques indispensables pour aborder des enseignements plus pointus.
Le master, vers la spécialisation et la recherche
Le master histoire de l'art se construit sur deux grandes orientations, parfois combinées au sein d'un même parcours histoire : la recherche, qui mène vers un mémoire approfondi et, potentiellement, un doctorat, et la professionnalisation, tournée vers les métiers de la conservation, de la médiation ou du marché de l'art. La rédaction d'un mémoire constitue le cœur de la formation, accompagnée de stages et d'une ouverture internationale croissante, échanges, séminaires, collaborations avec des établissements étrangers. Les étudiants en master histoire bénéficient ainsi d'une double exigence, académique et professionnelle. À l'ICP, le master Histoire de l'art et archéologie illustre cette approche, dans la continuité des enseignements dispensés en université Paris.
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Critère
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Licence
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Master
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Durée
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3 ans
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2 ans
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Objectif principal
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Acquérir une culture générale et une méthodologie
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Se spécialiser et produire une recherche originale
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Niveau de spécialisation
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Progressif, affiné en troisième année
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Approfondi, orienté recherche ou professionnalisation
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Débouchés immédiats
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Poursuite d'études en master
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Insertion professionnelle ou doctorat
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Débouchés et mondes professionnels après des études en histoire de l'art
Une fois le parcours en licence et en master accompli, quels horizons professionnels s'ouvrent réellement aux diplômés ? La discipline, loin de se limiter à l'enseignement ou à la recherche, irrigue en réalité de nombreux mondes professionnels. On pense d'abord à la conservation, qui consiste à préserver, étudier et faire vivre les collections dans les institutions culturelles. Vient ensuite la médiation culturelle, qui permet de transmettre au public des clés de lecture sur les œuvres, un enjeu d'autant plus fort que notre rapport aux images s'est profondément transformé. L'expertise, elle, s'exerce notamment auprès des maisons de vente et répond à une demande croissante liée au marché de l'art. D'autres étudiants s'orientent vers la documentation et les archives, où il s'agit de classer, numériser et rendre accessible un patrimoine souvent considérable.
L'ingénierie culturelle, de son côté, consiste à monter des projets d'exposition ou des programmes culturels, en lien direct avec les institutions. Enfin, l'enseignement et la recherche restent une voie naturelle pour ceux qui souhaitent approfondir leur spécialité jusqu'au doctorat.
La plupart des métiers de la culture exigent aujourd'hui un niveau master, tant les postes de conservation, d'expertise ou de médiation sont compétitifs. Le doctorat, quant à lui, s'adresse surtout à ceux qui souhaitent s'investir pleinement dans la recherche universitaire.
Concrètement, voici les principaux secteurs qui accueillent ces profils :
- Musées et institutions culturelles
- Galeries d'art
- Maisons de vente
- Organismes de patrimoine
- Édition d'art
- Médias culturels
Ces secteurs ne fonctionnent pas en vase clos : un diplômé peut très bien débuter dans une galerie avant de rejoindre une maison de vente, ou passer de la médiation culturelle à l'édition d'art. Cette porosité entre les mondes professionnels est d'ailleurs l'une des forces de la discipline, qui ouvre sur un marché de l'art en constante évolution autant que sur des institutions culturelles soucieuses de renouveler leurs publics.
Questions fréquentes sur la licence et le master d'histoire de l'art
Que faire après une licence d'histoire de l'art ou d'histoire ?
Le choix se fait principalement entre deux logiques : la voie recherche et la voie professionnalisante. La première convient à ceux qui envisagent de poursuivre en études en doctorat, avec l'ambition de devenir un jour docteur en histoire de l'art et de se consacrer à l'enseignement ou à la recherche. La seconde s'adresse à ceux qui souhaitent intégrer rapidement le monde professionnel, dans la médiation culturelle, la conservation ou le marché de l'art. Ce choix doit se faire en fonction du projet de carrière, et non par défaut : un master professionnalisant inclut généralement davantage de stages et de contacts avec les institutions, tandis que la voie recherche privilégie l'approfondissement théorique et méthodologique.
Quels sont les métiers possibles après des études en histoire de l'art ?
Les débouchés sont variés et évoluent au fil du parcours. On pense d'abord à la médiation culturelle, qui permet de transmettre les œuvres au public dans les musées ou les centres d'art. La conservation, elle, s'adresse à ceux qui veulent préserver et documenter les collections patrimoniales. La recherche et l'enseignement restent des voies naturelles pour les étudiants engagés dans un doctorat. Enfin, l'expertise, notamment dans le marché de l'art ou les maisons de ventes, constitue un débouché recherché pour les profils capables d'allier connaissance historique et sens critique du regard.