Portrait

L'histoire de l'art comme vocation : le parcours d’une jeune marchande d’art récompensée

Lauréate du Prix Marcus du Jeune Marchand 2025, décerné par le ministère de la Culture, Salomé est diplômée de la licence Histoire de l’art de l’ICP, où elle a posé les bases d’un parcours qui l’a menée à fonder une galerie d'art. Elle revient sur son cheminement, son métier et les enseignements clés de ses études.

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Qu’apporte le Prix Marcus du Jeune Marchand à un jeune marchand d’art ?

Le Prix Marcus du Jeune Marchand, remis au ministère de la Culture, récompense des marchands d’art de moins de 35 ans qui œuvrent à sauvegarder et transmettre notre patrimoine mobilier. J’ai présenté ma candidature avec la conviction que mes années d’études en histoire de l’art, ainsi que mon expérience de terrain, méritaient d’être reconnues.
  
J’ai choisi de soumettre au jury une œuvre de Paul-Albert Baudouïn (Rouen, 1844 – Paris, 1931), disciple principal mais aujourd’hui oublié de Pierre Puvis de Chavannes. À mes yeux, ce choix s’est imposé par l’importance historique de l’artiste, mais aussi par les qualités techniques et artistiques du tableau.
  
Au-delà de la distinction, ce prix est venu confirmer la mission qui m’anime depuis la création du Cloître de l’Art : faire de chaque œuvre une rencontre, et de notre héritage culturel une véritable transmission spirituelle.
  
J’ai été particulièrement touchée par les mots de Madame la Ministre, Rachida Dati, qui a souligné que « notre société a un besoin vital de cette sensibilité et de cette cohésion que génèrent les émotions artistiques ». En tant que jeunes marchands, nous sommes les relais directs de cette transmission, auprès des collectionneurs comme des institutions muséales. Je me sens également investie dans la formation du goût et du désir chez les jeunes collectionneurs, afin de faire vivre ce métier au XXIe siècle.
  
Ce prix m’a également permis de bénéficier d’un stand à la Foire de Chatou. La visibilité accordée, outre à travers celle des médias, m’a permis de faire connaître ma galerie auprès d’un public élargi.
  
Enfin, le Prix Marcus constitue un véritable gage de crédibilité. Sa notoriété inspire confiance auprès de notre clientèle comme de nos pairs, et favorise de nouvelles rencontres ainsi que de belles opportunités.

Vous êtes diplômée de la licence Histoire de l'art de l'ICP : que retenez-vous de ces années de formation ?

La licence Histoire de l’art et archéologie de l’ICP m’a offert une formation complète et particulièrement riche, alliant exigence académique et liberté intellectuelle, dans un cadre historique d’exception.
  
J’y ai découvert un vaste panorama de civilisations et particulièrement apprécié les enseignements couvrant les périodes paléochrétiennes jusqu’à l’époque moderne. J’ai été marquée par les cours de l’historien Jérôme Delaplanche, dont la passion pour l’art italien faisait de chaque cours un véritable voyage, presque baroque.
  
Par ailleurs, la découverte de domaines spécifiques de l’histoire de l’art, tels que les arts graphiques, a joué un rôle déterminant dans mon orientation professionnelle.

Après l'ICP, quel chemin avez-vous emprunté pour devenir marchande d’art ?

Je me suis progressivement orientée vers le métier de marchande d’art grâce à un ensemble de stages réalisés en parallèle de mon cursus universitaire. Après une première immersion dans les institutions muséales, au musée du Louvre puis au musée Rodin, j’ai rapidement été attirée par la dimension commerciale et relationnelle des galeries d’art contemporain.
  
À l’issue de ma licence, j’ai souhaité approfondir cette orientation en me formant plus directement au marché de l’art. J’ai ainsi suivi un Summer Program au Sotheby’s Institute of Art à Londres, une expérience décisive qui a conforté mon choix. Dès la rentrée suivante, j’ai intégré la Formation Drouot, installée au cœur même de l’Hôtel Drouot : une étape fondatrice.
  
C’est à cette période que j’ai eu l’opportunité d’effectuer des stages au sein des galeries de Bayser et Paul Prouté. Ces expériences, mêlant vente, recherche, expertise et gestion de galerie, ont été particulièrement formatrices. Elles ont confirmé mon intérêt pour l’art ancien et le XIXe siècle, ainsi que pour les enjeux liés à l’expertise et à la gestion d’un commerce d’antiquités.
  
Forte de ce parcours, j’ai fondé ma propre galerie en ligne à la fin de l’année 2020, avant de participer à plusieurs salons et expositions temporaires. Ces expériences m’ont notamment permis de rencontrer Caroline, de la galerie Artwins, également alumna de l’ICP. Deux ans plus tard, nous avons ouvert ensemble notre première galerie physique à Paris.
  
Le Cloître de l’Art est aujourd’hui implanté dans le 9e arrondissement de Paris, au cœur du quartier Drouot, à proximité immédiate des maisons de ventes et de nombreuses galeries : un emplacement stratégique. La galerie s’est spécialisée dans les courants symbolistes et mystiques des XIXe et XXe siècles, avec une prédilection pour les arts graphiques, tout en proposant également des tableaux et objets d’art de la même période.

Vous êtes aujourd’hui marchande d’art. En quoi consiste votre métier ?

Au quotidien, le métier de marchand d’art consiste à découvrir, repérer et acquérir des œuvres en lien avec sa spécialité, auprès de particuliers ou lors de ventes professionnelles, afin de les valoriser ensuite au sein de la galerie.
  
Cette valorisation suppose un travail exigeant et minutieux : choisir un encadrement adapté, en recherchant des cadres d’époque ou en collaborant avec un encadreur spécialisé, suivre attentivement les évolutions du marché de l’art, mener des recherches pour identifier, attribuer et replacer chaque œuvre dans son contexte de création, et veiller à son état de conservation, en faisant appel si nécessaire à des restaurateurs qualifiés.
  
Le métier de galeriste implique également une dimension événementielle et relationnelle importante, ainsi qu’une gestion administrative et prévisionnelle constante. La galerie organise ainsi plusieurs expositions thématiques chaque année et participe à des foires internationales, telles que la Moderne Art Fair, l’Antica Fine Art Fair ou le Salon du livre ancien et des arts graphiques. Ces événements donnent souvent lieu à la publication de catalogues réunissant une sélection des œuvres présentées.

Quel conseil donneriez-vous à un lycéen qui hésite à se lancer dans des études d'histoire de l'art ?

Je lui dirais de ne pas trop écouter ceux qui présentent l’histoire de l’art comme une voie passive ou déconnectée du réel : c’est tout l’inverse. C’est une discipline qui offre des clés de lecture uniques pour comprendre notre monde, notre culture et, plus largement, notre humanité.
   
Étudier l’histoire de l’art, ce n’est pas seulement se tourner vers le passé ; c’est apprendre à regarder, affiner sa sensibilité et nourrir son regard pour mieux appréhender le présent.
  
Le marché de l’art, et mon quotidien à la galerie, en sont une illustration concrète : c’est une aventure à la fois humaine et entrepreneuriale, certes marquée par une part de risque et d’incertitude, mais profondément stimulante. On y explore l’histoire, on part à la recherche de trésors oubliés, et l’on devient le passeur d’une mémoire qui nous dépasse.
  
Si vous êtes curieux, passionné, et que vous ressentez ce besoin d’être entouré de beauté et de sens, alors lancez-vous. L’ICP vous apportera des bases solides ; la passion, elle, fera le reste. C’est un univers exigeant, mais qui rend au centuple ce qu’on lui donne.
  
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Publié le 30 juin 2026 Mis à jour le 2 juillet 2026

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