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[Les grands noms de l'ICP n°1] Robert d'Harcourt (1881-1965), résister par l'esprit

Dans cette série, nous vous faisons découvrir des personnalités de l'ICP. Ce premier volet met à l'honneur Robert d'Harcourt, ancien étudiant de l’ICP, il y enseigne aussi la littérature allemande. Sa connaissance de l’Allemagne lui permit de mettre en garde la France contre les dangers du nazisme.

Robert d'Harcourt ICP

Un universitaire catholique, grand spécialiste de l'Allemagne

Professeur de langue et de littérature germanique à l'Institut Catholique de Paris de 1920 à 1957, Robert d'Harcourt eut à son actif notamment des monographies sur C. F. Meyer, J. W. Goethe et F. Schiller et des traductions de Schiller et R. Guardini. 

Universitaire catholique, grand blessé de la Première Guerre mondiale, membre de l'Action française jusqu'en 1926, Robert d'Harcourt est surtout un expert de l'Allemagne. Du début des années 1930 aux années 1960, il observa sur le terrain et commenta les réalités germaniques à travers plusieurs centaines d'articles et onze livres. 
 

Un résistant au nazisme

Il fut l'un des intellectuels hexagonaux qui, dès 1930, mirent en garde à la lumière de la foi chrétienne contre le national-socialisme. Soulignant sans relâche les périls auxquels étaient exposés outre-Rhin singulièrement la jeunesse et les catholiques, volontiers critique envers certains évêques allemands, il salua en 1937 la publication de l'Encyclique Mit brennender Sorge par Pie XI. En 1938, il condamna fermement les "accords" de Munich. 

Opposant notoire au national-socialisme, l'auteur de L'Evangile de la force et Catholiques d'Allemagne vit ses livres interdits à partir de 1940 et vécut sous la surveillance des occupants. Il devint alors l'un des acteurs de la résistance intellectuelle aux Allemands à travers le réseau Témoignage chrétien. Deux de ses fils, Pierre et Charles, furent déportés à Buchenwald. 
 

Et soutien de la réconciliation franco-allemande

Elu à l'Académie française en 1946, Robert d'Harcourt reprit très vite le chemin de l'Allemagne et s'attacha à rendre ses compatriotes attentifs à l'émergence d'une "Allemagne de la raison" au milieu des ruines du nazisme. Convaincu que le mal essentiel du XXe siècle était le nationalisme et que, sans une entente franco-allemande, la paix ne reviendrait pas sur le Vieux Continent, il se prononça dès 1948 pour la construction européenne. Favorable à la politique de Robert Schuman, en 1954, il s'engagea en faveur du projet de Communauté européenne de défense.

Avocat de Konrad Adenauer auprès des Français, il se félicita du rapprochement franco-allemand voulu par de Gaulle dont il salua le retour au pouvoir. 

L'ICP lui rend hommage en 2023 en nommant l'une des salles de la Maison de la Recherche Robert d'Harcourt. 


>> Par Michel Grunewald, Professeur en Histoire contemporaine - Université de Lorraine, Metz
Publié le 18 février 2026 Mis à jour le 19 février 2026

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