En janvier dernier, les étudiants du master Politiques et Stratégies pour la transition écologique de l’ICP, encadrés par Jérôme Guaillaget et Jessy Bailly, co-directeurs du master, ont organisé une journée consacrée à l’agriculture durable. Du choix des intervenants à la logistique de l’événement, ils ont pris en charge l’organisation dans son ensemble, une expérience formatrice qui leur a permis d’acquérir des outils et des méthodes utiles pour leur future vie professionnelle, fidèle à la pédagogie du master fondée sur l’action et la responsabilisation.
Allier théorie et pratique pour comprendre la transition écologique
Ce type d’exercice s’inscrit pleinement dans la philosophie du master, qui dépasse le cadre d’un enseignement purement théorique pour impliquer les étudiants dans des projets concrets. Comme le souligne Jérôme Gaillaguet : « Plutôt que de se limiter à des enseignements “classiques” qui ont tout leur intérêt mais qui peuvent à la longue mettre les étudiants dans une posture passive, on pense qu’impliquer les étudiants autrement contribue à les stimuler et à les faire monter en compétence sur de nombreux sujets. »
Le choix de petites promotions favorise la proximité et le travail collectif, permettant de transmettre des connaissances tout en créant une dynamique de groupe et en responsabilisant les étudiants.
« Une formation réussie ne se limite pas à créer de bonnes relations entre étudiants et enseignants, il s’agit aussi de favoriser la cohésion et une dynamique de groupe. Il me semblait important de susciter leur engagement autrement que par les évaluations traditionnelles basées sur des notes. Les étudiants ont d’autant plus apprécié participer à cet événement qu’ils n’étaient pas notés, et nous les avons pris au sérieux en les considérant comme des professionnels en devenir. »
Organiser une journée pour repenser l’avenir de l’agriculture
Pour Stanislas, étudiant du master, cette pédagogie prend tout son sens dans l’action. Avec le reste de sa promotion, ils ont piloté l’ensemble de la conférence, de la sélection des intervenants à la coordination logistique.
« Nous avons commencé par discuter des grands domaines de la transition écologique qui nous intéressaient et avons rapidement choisi de nous concentrer sur l’agriculture durable. Puis, nous avons réfléchi au format de la journée et pris en charge toutes les étapes : contacter les intervenants, organiser la logistique, coordonner les différentes parties prenantes. Chaque décision nous a obligés à anticiper, à collaborer et à nous organiser en équipe. »
Projection, débat et table ronde autour de l’agriculture durable
La journée s’est ouverte par la projection de Tu nourriras le monde, de Floris Schruijer et Nathan Pirard, deux jeunes agronomes passionnés, qui mettent en lumière la désertification des campagnes et la disparition des agriculteurs en Champagne crayeuse. La séance a été suivie d’un débat, offrant aux étudiants et participants l’occasion de réfléchir ensemble aux enjeux soulevés.
La discussion s’est poursuivie lors d’une table ronde réunissant des intervenants venus de différents horizons du monde agricole : Grégoire Alston, fondateur de Resoil, qui accompagne les agriculteurs dans leur transition agroécologique, Estelle Déléage, maîtresse de conférences en sociologie et spécialiste des alternatives au productivisme agricole et Jean-Marc Frohard, représentant de Terre de liens, mouvement citoyen protégeant des terres pour y installer des paysans en maraîchage durable. Le débat a croisé perspectives scientifique, entrepreneuriale et politique autour de la question : « Peut-on nourrir le monde grâce à l’agriculture durable tout en conservant un modèle économique compétitif ? ».
Une mise en situation réelle
Cette expérience les a confrontés à la complexité d’un projet réel : « Elle nous a appris à travailler ensemble, à nous adapter aux imprévus et à réagir rapidement. Par exemple, lorsqu’une intervenante a annulé la veille de l’événement, il a fallu revoir le programme, ajuster le format et informer tous les participants. Ces situations nous ont permis de développer notre capacité à rester réactifs, à planifier efficacement et à collaborer sous pression, des compétences essentielles pour notre futur professionnel. »
Pour Jérôme, confier cette responsabilité aux étudiants était un moyen de les immerger dans un vrai projet : « Ils ont pu “mettre les mains dans le cambouis”. Organiser la conférence a demandé de mobiliser des compétences variées : réflexion sur la problématique, coordination avec les intervenants et les services de l’ICP, planification logistique. Ils ont développé une vision à 360°, travaillé avec différents corps de métier et appris à tirer profit de chaque intervention. »
Relier enseignements et réalités professionnelles
Au-delà de l’organisation, cette expérience a permis aux étudiants de relier les enseignements théoriques aux réalités du terrain et de rencontrer des professionnels.
« Il s’agissait d’organiser un espace de réflexion autour de questions que nous abordons en cours, sans les réduire à des points de vue d’experts. Nous avons fait intervenir des acteurs directement au contact du terrain, touchés de différentes manières par des problématiques liées à la transition écologique. Cette journée a permis d’incarner et de donner corps aux enjeux étudiés, en évitant de les aborder de manière surplombante et déconnectée du terrain. »
Pour les étudiants, ces échanges ont été déterminants pour mieux comprendre la complexité des transitions écologiques et les réalités professionnelles du secteur. « Les deux intervenants visaient la même transition agroécologique, mais avec des approches très différentes. D’un côté, agir rapidement à grande échelle quitte à faire des compromis économiques, de l’autre, rester fidèle à ses convictions mais avec un déploiement plus limité. Cette dualité nous a rendus plus critiques et nous a appris qu’il n’existe pas de solution miracle. Pour notre future carrière, c’est une leçon essentielle : savoir naviguer entre des visions divergentes et accepter les limites de chaque modèle. »
Ces rencontres ont aussi ouvert des portes vers le monde professionnel. Plusieurs étudiants ont prolongé les échanges avec les intervenants, et l’une d’entre elles effectue aujourd’hui son stage dans la structure d’un des professionnels invités.