De l'Afghanistan à la France : quand l'expérience personnelle devient un moteur d'engagement
Lorsque Safiullah Ibrahim arrive en France en juin 2021, il quitte à la fois son pays, l’Afghanistan, et son travail d’Assistant de recherche sur les questions politiques sensibles. Titulaire d'une licence et d'un master en Sciences politiques obtenus en Égypte, il possède déjà un solide bagage académique. Mais en France, il doit tout recommencer : apprendre la langue française, comprendre les codes culturels et naviguer dans les méandres.
Dès son arrivée, Safiullah s'investit comme bénévole au sein de plusieurs associations parisiennes. Distribution alimentaire, traduction anglaise, enseignement du français aux nouveaux arrivants : il multiplie les expériences et découvre de l'intérieur les défis que rencontrent les personnes réfugiées. Cette immersion lui permet de toucher du doigt les difficultés d'intégration, notamment pour les personnes analphabètes ou peu qualifiées. Il observe aussi les malentendus culturels qui peuvent créer des incompréhensions entre réfugiés et pays d’accueil.
C'est au sein de l'association anglophone
Serve the City Paris qu'il développe une autre approche de l'apprentissage du français et de la culture française. En s'appuyant sur sa propre expérience, il structure des sessions thématiques qui permettent d’aborder les codes sociaux et culturels.
« En Afghanistan, on invite rapidement quelqu'un chez soi pour partager un thé. Ici, cela prend plus de temps. J'ai compris que c'était une question de culture », raconte-t-il.
Le DU Action sociale et migrations : bien plus qu'un diplôme
En 2024, sur les conseils d'une amie, Safiullah s'inscrit au DU Action sociale et migrations de l'ICP. Malgré ses inquiétudes sur son niveau de français, il décide de relever le défi.
« J'ai voulu comprendre les procédures administratives, les politiques d'intégration et savoir comment l’Etat appréhendait les souffrances des réfugiés », explique-t-il.
La formation dépasse largement ses attentes. Au-delà des dispositifs administratifs qu'il pensait découvrir, il rencontre des enseignants qui connaissent parfaitement les réalités migratoires. Il découvre notamment que certains réfugiés retournent dans leur pays d'origine malgré les dangers, un phénomène qu'il ignorait. Il explore aussi les dimensions psychologiques et anthropologiques de la migration, comprend mieux les processus de l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) et le travail minutieux de vérification des récits qui doit être mené.
Ce qui le marque particulièrement, c'est la dimension humaine de la formation. Il apprécie l'écoute bienveillante des autres étudiants et l'empathie des professeurs, notamment Cécile Dubernet qui supervise son mémoire sur l'intégration des réfugiés analphabètes.
« Avec elle, je ne sentais pas que j'étais face à un professeur, mais plutôt dans une relation amicale », témoigne-t-il.
Au-delà des connaissances académiques, Safiullah a trouvé dans cette formation quelque chose d'essentiel :
« J'ai vu l'aspect humain. J'ai des collègues qui étaient à la retraite mais concernés par ce qui se passe pour les réfugiés. Ils m'ont aidé en partageant leurs notes, ils ont écouté mon expérience de réfugié. »
Mettre sa formation au service des réfugiés
Aujourd'hui, Safiullah met en pratique les connaissances acquises lors de sa formation et occupe le poste de Manager opérationnel au sein de
Serve the City Paris.
Au quotidien, il oriente les réfugiés vers les bonnes ressources : le JRS (
Jesuit Refugee Service) pour l'accompagnement juridique, l’association Singa pour l’accompagnement des projets professionnels, etc.
« La semaine dernière par exemple, un réfugié est venu nous voir sans savoir quoi faire de son projet professionnel. Je l'ai orienté vers Singa car nous avions eu une formation là-bas pendant le DU », raconte-t-il.
Sa propre expérience de réfugié, enrichie par le diplôme universitaire, lui permet de mieux accompagner les nouveaux arrivants. À travers son mémoire et son engagement, Safiullah met en lumière les insuffisances du système actuel : l'absence de base de données sur le niveau d'éducation des réfugiés, les limites des applications d'apprentissage en ligne pour les personnes analphabètes, le manque de politique ciblée pour les publics les plus vulnérables…
« Quand quelqu'un aide un réfugié à obtenir son statut grâce à nos activités, cela me procure une grande satisfaction. L'argent ne peut pas m'apporter ça », confie-t-il.
En savoir plus sur le DU Action Sociale et Migrations
Le
Diplôme Universitaire Action sociale et migrations de l'ICP forme les professionnels et bénévoles qui accompagnent les populations migrantes. Une formation qui allie expertise académique, témoignages de terrain et approche humaniste de l'intégration.