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Se former en théologie à l’université : le débat comme mission

À l’occasion des 150 ans de l’ICP, un colloque interdisciplinaire a interrogé le rôle de l’université dans la mission de l’Église, en mettant en lumière le débat comme lieu essentiel de formation, de discernement et de dialogue.

Colloque

Le débat, un lieu de formation et de mission

A l’occasion du 150anniversaire de la fondation de l’Institut Catholique de Paris, la Faculté de Théologie a choisi de proposer un colloque rassemblant tous les instituts dont elle est composée, autour d’une thématique commune : le but et l’objectif du travail théologique de l’université au sein de la mission de l’Église, aujourd’hui.
 
« Aujourd’hui comme hier – disait le flyer de présentation du colloque - l’université est le lieu où les personnes peuvent cultiver leur esprit critique, avec bienveillance et pertinence, se former à une véritable éthique du débat, développer des axes et des réseaux de recherche ».
 
A partir de cet horizon, le colloque a permis une confrontation transdisciplinaire sur la manière par laquelle la faculté de Théologie de l’Institut Catholique de Paris est capable de participer à cette mission et de promouvoir plus particulièrement une culture de la formation qui intègre, cultive et promeut le débat comme “lieu” la formation à l’université.
 

Une culture du dialogue au service de la théologie

L’étymologie du mot débattre nous renvoie au latin. Ce mot est composé de deux termes : de (qui souligne l’intensité) et battre (qui renvoie au mouvent, au fait de « frapper », de battre, de faire bouger les choses). Dans cette perspective le débat participe à la mission évangélisatrice car il permet de « réveiller » les hommes et les rendre attentifs à l’œuvre de Dieu qui « se fait dans l’histoire ». Mais il invite aussi l’Église tout entière à « se battre » afin que la justice, la paix, la miséricorde autrement dit le Royaume de Dieu, puisse « advenir » dans le monde et pour le monde.
 
Le débat rend attentifs, stimule la réflexion critique, alimente les consciences et il le fait de manière « en soi » synodale et partagée. Débattre signifie honorer la présence de l’autre, connaitre la pensée de l’autre, la mettre en lien avec l’Évangile qui, jamais donné de manière pure et absolue, demande d’être « discerné » au sein des cultures, même dans la culture numérique qui caractérise nos jours. Le débat devient alors « conversation » et fait de l’Église un espace de dialogue et de partage, où les savoirs se croisent, les vies des personnes s’enrichissent mutuellement, les compétences et les schèmes de sens s’entrelacent donnant la possibilité de mieux connaitre le réel et par là de se former.
Débattre invoque et s’alimente de l’amour pour la Vérité et il devient, en même temps, un des moyens pour la construire et pour la faire vivre.

Former dans l’humilité et l’écoute de l’autre

À quelles conditions est-il possible de former théologiquement aujourd’hui dans une véritable culture du dialogue ? Se demandait le comité scientifique du Colloque.
À condition que le “fait de débattre” soit conçu et vécu dans le respect, sans aucune forme d’emprise et de violence, sans la prétention d’avoir déjà tout saisi de la Révélation de Dieu. L’humilité et la disponibilité à se laisser busculer par les autres, par l’Autre est la condition qui permet au débat, comme le dit son étymologie, de participer à la mission de l’Église.

Rédigé par Marco Piovesan, enseignant à l'ISPC et chercheur en théologie catéchétique
Publié le 8 avril 2026 Mis à jour le 8 avril 2026

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