Un témoignage au cœur de l’événement
Valérie Duval-Poujol, théologienne et bibliste, enseignante à l'ISEO, partage ici son témoignage et ses actions de grâce à la suite de sa participation à la célébration œcuménique des 1 700 ans du concile de Nicée.
Un premier voyage pontifical placé sous le signe de l’œcuménisme
Pour son premier voyage, le Pape Léon XIV a choisi l’œcuménisme, avec un déplacement en Turquie pour commémorer les 1700 ans du Concile de Nicée. J’ai eu l’immense joie de faire partie des vingt représentants de tout le christianisme invités à l’accompagner dans cette célébration, qui s’est déroulée en plusieurs temps ; j’en mentionnerai deux.
Retour à Nicée : prier ensemble sur le lieu du premier concile
Le 28 novembre 2025, nous étions réunis à deux heures d’Istanbul, sur le lieu même du tout premier concile de Nicée (325), organisé par l’empereur Constantin. Aujourd’hui, ce lieu s’appelle Iznik, petit village turc tranquille, rythmé par l’appel à la prière musulmane, que nous avons entendu retentir juste avant la célébration.
Le temps de prière se voulait sobre, court (moins d’une heure) et centré sur le Credo, que nous avons tous récité ensemble en anglais. La beauté et la tranquillité du lieu, au bord d’un lac, devant les vestiges d’une basilique « sauvée des eaux » ont contribué à un climat recueilli et serein.
Chaque participant avait le sentiment de vivre un moment historique unique, presque hors du temps, comme si la course effrénée du monde s’était suspendue : tous ensemble, les yeux fixés sur le Christ, nous avons prié pour l’unité des chrétiens, et c’était tout simplement beau. Comme le disait déjà le psalmiste : « Ah qu’il est doux, qu’il est agréable pour des frères de demeurer ensemble ».
Je représentais l’Alliance baptiste mondiale, dont je suis l’ambassadrice. À mes côtés se trouvaient, outre le pape et le patriarche de Constantinople, des représentants et dirigeants de l’orthodoxie, du catholicisme oriental, du vieux-catholicisme, de l’anglicanisme, ainsi que de toute la diversité protestante (mennonite, méthodiste, luthérienne, réformée, pentecôtiste, baptiste), sans oublier le Conseil œcuménique des Églises et l’Alliance évangélique mondiale.
Penser ensemble l’unité pour aujourd’hui et pour demain
Le 29 novembre, nous nous sommes à nouveau retrouvés pour une réunion de travail de deux heures, autour de la signification de Nicée et des enjeux œcuméniques actuels. Après un chant en araméen, invoquant l’Esprit pour ouvrir la rencontre, les échanges ont été francs, profonds et marqués par une écoute authentique.
L’annonce faite par le Pape Léon XIV, lors de son discours de clôture – puis confirmée aux journalistes dans l’avion du retour, de la participation des catholiques au mouvement d’unité en 2033 (année des 2000 ans de la Résurrection du Christ et de la naissance de l’Église) constitue une nouvelle très réjouissante et un jalon majeur sur le chemin de l’unité chrétienne.
La rencontre s’est déroulée dans un cadre particulièrement émouvant : une église syriaque orthodoxe, construite sur un terrain donné par l’Église catholique, un beau geste d’unité, et seule construction chrétienne édifiée dans ce pays depuis un siècle.
Un bilan marqué par l’espérance
Certains ont pu être déçus qu’aucune annonce n’ait été faite concernant une date commune pour Pâques, mais le temps n’était pas encore mûr ; on peut espérer et prier pour que 2033 soit cette occasion.
D’autres ont pu regretter que le visage du christianisme reflété par cette rencontre soit quasiment exclusivement masculin : de fait, j’étais la seule femme parmi tous mes frères.
Mais ce qui demeure avant tout, c’est un moment historique d’unité du christianisme, rassemblé autour de Jésus reconnu comme vrai Dieu, selon l’expression même du Symbole de Nicée. Je rends grâce à Dieu pour la présence de frères issus de traditions chrétiennes si diverses, unis pour professer ensemble leur foi.
Je me réjouis enfin de la volonté affirmée du Pape, par ce premier voyage délibérément œcuménique, de construire l’unité non seulement avec les orthodoxes, comme en témoigne la déclaration signée avec Bartholomée, mais avec tous les chrétiens, y compris évangéliques.