• Culture scientifique et humanités,

Père Philippe Capelle-Dumont : chercher la vérité et désirer la sagesse

Le 26 mars 2021, la Faculté de Philosophie a rendu hommage à son Doyen Honoraire, Fondateur de la Chaire de métaphysique Étienne Gilson, Fondateur l'Académie Catholique de France, le père Philippe Capelle-Dumont. Rétrospective d'une carrière émérite animée par la recherche de la vérité et de la sagesse.

Père Philippe Capelle-Dumont

Père Philippe Capelle-Dumont


Pouvez-vous revenir sur les temps forts de votre carrière au sein de l’ICP ?

J’ai été recruté par l’ICP en 1986 comme Assistant à la Faculté de théologie, puis comme Chargé de cours à la Faculté de philosophie. Ayant effectué un double parcours doctoral, à la fois de philosophie en Sorbonne et de théologie à l’ICP, j’ai finalement été élu doyen de philosophie en 1994, mon travail universitaire devenant alors définitivement lié à cette discipline sans que pour autant soit interrompu mon rapport à la théologie. Aussitôt - et ce fut mon premier temps fort -, j’ai été amené à préparer le centenaire de la Faculté à l’UNESCO : ce fut un raccourci saisissant qui m’a permis d’entrer en quelques mois dans la mémoire d’un siècle de philosophie traversé par des personnalités d’exception telles que Maritain, Peillaube, Lallement, Madec, Tilliette, Dubarle, Breton. C’est dans cette mémoire que j’ai créé la Collection éditoriale « Philosophie & Théologie » aux éditions Cerf.

Un second temps fort correspond à la publication par Jean-Paul II en 1998 de la magnifique encyclique philosophique « Fides et ratio » et au puissant encouragement qu’elle a constitué pour nous, philosophes et catholiques. Quelques semaines après sa diffusion, les responsables de la FIUC (Fédération internationale des Universités catholiques) m’ont demandé de créer ce qui deviendra en 1999 la Conférence mondiale des facultés de philosophie des universités catholiques et qui favorise les échanges entre ces institutions des cinq continents.

Un troisième temps fort a concerné la création la même année de mon laboratoire de philosophie de la religion qui a été à la source de plusieurs colloques et publications.
Je voudrais également évoquer les conventions et les accords que j’ai signés avec les universités de Poitiers, de Paris-Sorbonne et de Marne-la Vallée ; elles ont permis à nos étudiants de voir validées leurs études par l’État français, pour la première fois de la première année au doctorat.
 

Que représente pour vous cette Journée d’Hommage qui a été organisée en votre honneur ?

Je la reçois comme un cadeau collégial et amical impossible à refuser ! Doyen de la Faculté de philosophie pendant quatre mandats, soit douze années, j’ai eu la chance de travailler avec plusieurs générations de collègues passionnés par leur métier d’enseignant et de chercheur, mais aussi d’en recruter de plus jeunes, dans un cadre institutionnel à la fois solide et flexible.

Nous avions le feu sacré qui a permis des innovations pédagogiques autant que des percées dans l’ordre de la recherche philosophique, tout cela conjugué aux énergies propres à l’inspiration chrétienne. Cette Journée du 26 mars devrait consister cependant moins en un regard vers le passé qu’en une occasion de célébrer les dynamismes en jeu dans le moment culturel et ecclésial qui est le nôtre. Former des étudiants et, parmi eux, des professeurs de haut niveau pour les institutions tant de l’Hexagone que des différents continents, cela est une tâche exaltante sur laquelle il est nécessaire de s’arrêter.


Vous avez fondé la Chaire de métaphysique Etienne Gilson, pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ?

La chaire Gilson a été fondée à l’occasion du premier centenaire de cette Faculté, en 1995. À cette époque, c’était plutôt la littérature de la « fin de la métaphysique » qui régnait aussi bien en philosophie qu’en théologie, dans l’héritage post-heideggérien ou sur l’horizon d’une certaine philosophie analytique anglosaxonne. Nous avons pu, titulature après titulature, réévaluer cette histoire troublée et retrouver les voies d’homologation d’une discipline qui appartient de fait, comme a pu le dire Pierre Aubenque, au mouvement natif de la pensée dont plusieurs autres traditions, tel le spiritualisme français, se réclament légitimement.

Mais puisqu’ aujourd’hui, la pensée est menacée de se recroqueviller sur les seuls fonctionnements sociaux et sociétaux, la métaphysique peut encore prendre en charge de façon rationnelle et systématique les questions ultimes les plus vitales, et les porter de surcroît à la confrontation avec les objets de la théologie fondamentale. Elle honore en cela sa vocation première consistant à fonder la connaissance et l’agir, chercher la vérité et désirer la sagesse.
 

Quels sont vos conseils aux personnes souhaitant étudier la Philosophie ?

D’abord, lire les grands auteurs au moins trois heures par jour ! En même temps, éprouver la noblesse de la pensée libre et « critique » et l’articuler à la mémoire des traditions de pensée les plus consistantes, le catholicisme n’étant certes pas la moindre. Ce qui présuppose le rejet déterminé des seules « opinions » comme le suggérait déjà le vieux Parménide, impliquant l’affranchissement de l’air du temps … qui a pour ambition, pour paraphraser un mot de Gustave Thibon, de faire tournoyer les feuilles mortes.

En un mot, nous manquons cruellement d’authentiques philosophes ; ceux-ci savent, de saint Augustin à Descartes et de Gilson à Ricoeur et plus récemment M. Gauchet, combien la relation avec la théologie nourrit, elle aussi, la pensée.