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L'impact du Covid-19 sur l'Economie Sociale et Solidaire : le regard de la chercheuse Elena Lasida

Publié le 27 avril 2020 Mis à jour le 6 mai 2020

La crise sanitaire mondiale liée à la pandémie du Covid-19 a d'importantes conséquences sur l'activité économique. Qu'en est-il particulièrement sur l'économie sociale et solidaire (ESS) ? Le point de vue d'Elena Lasida, Professeur à l'ICP.

Quel est l’impact de la pandémie du Covid-19 dans le secteur de l’ESS ?

Le Covid-19 constitue un tsunami pour l’économie mondiale, nationale et locale : arrêt de la production dans des secteurs clés de l’économie, notamment des économies industrialisées. Et encore une fois, un impact encore plus dévastateur pour les plus précaires : les personnes ayant de petits boulots, ne pouvant même pas bénéficier des compensations exceptionnelles mises en place par le gouvernement en cas de chômage technique. Le travail réalisable en télé-travail est majoritairement celui des cadres tandis que le travail moins qualifié a dû être arrêté, à exception de quelques services de base (alimentation, collecte les ordures ménagères,…). Réduction de la croissance économique d’un côté, et augmentation des inégalités sociales de l’autre.

Au niveau de l’Economie Solidaire et Sociale (ESS), l’impact est également très contrasté mais pour des raisons différentes. Certains secteurs d’activité ont également dû être arrêtés mais d’autres ont rencontré au contraire, une opportunité pour se déployer. C’est notamment le cas des services liés à l’alimentation des produits de base comme les fruits et les légumes. Les producteurs maraîchers, mais également laitiers et de viande, ont augmenté leurs ventes directes au public. De ce fait, cette crise est bénéfique pour les circuits courts et la production locale, constituant des traits essentiels de l’ESS. Espérons que ces pratiques pourront se poursuivre dans l’après crise !
 

Quels sont les rôles et les initiatives de l’ESS dans cette crise ?

Pour l'ESS, la crise actuelle est une opportunité afin de déployer la créativité en termes de solidarité :
  • permettre à certaines personnes d’accéder à des biens ou services dont elles étaient exclues depuis longtemps, comme par exemple le logement, l’alimentation, la santé...
  • créer de nouvelles modalités d’accompagnement (lien moins utilitaire mais plus relationnel à travers le contact à distance)
  • pousser le gouvernement à des pratiques nouvelles de solidarité collective (le chèque-services ou l’aide aux entreprises d’insertion)
  • encourager les entreprises à développer leur responsabilité sociétale (en interrogeant la distribution des bénéfices et favorisant l’engagement des actionnaires).
Mais au-delà des initiatives ponctuelles en termes de solidarité, la crise est une opportunité historique pour faire émerger un nouveau paradigme, pour créer un nouveau modèle de développement au service du bien commun, pour construire une nouvelle société plus fraternelle et plus coopérative, pour opérer de manière radicale la transition écologique, pour faire émerger un monde plus juste, plus démocratique et plus convivial.
Bref, la crise est une occasion unique pour faire de la solidarité un projet de société. Et c’est justement ça la visée de l’ESS !
 

Quelle est la portée de l'actualité sur le Master que vous dirigez ?

Le M2  Economie Solidaire et Logique de Marché est fondée sur une conviction : l’économie est un outil privilégié de médiation sociale et de solidarité. Dans le cadre de cette crise, les enseignements prennent tous leurs sens. Cette formation donne l’occasion de se préparer aux métiers qui se trouvent en première ligne pour inventer le monde de demain : devenir un acteur du changement.

La « richesse relationnelle » à l’égard des personnes et de tous les êtres vivants est au centre du contenu de son enseignement mais également au centre de sa pédagogie. Au cours de ce master, on vit avant tout une expérience extra-ordinaire de solidarité entre les étudiants en formation initiale ou en formation continue, quelque soit leur âge et leurs compétences disciplinaires diverses. Les techniques d’intelligence collective, les travaux de groupe, et les ateliers de co-construction rendent possible cette expérience interne de solidarité, indispensable pour devenir un bon professionnel et réaliser l’invitation de Gandhi : « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».
 

Qu’en est-il des stages ?

Les étudiant.e.s étaient déjà dans leur période de stage à l'annonce du confinement. Certains étudiant.e.s ont réussi à poursuivre en télé-travail. Quelques-uns ont été suspendus en attendant la fin du confinement. Mais comme le stage s’accompagne de la réalisation d’un mémoire de recherche, cette période de repli est utilisée par les étudiant.e.s pour avancer leur travail.
 

Existe-il un dispositif d’aide pour les étudiants de l'ICP en situation de précarité ?

Depuis toujours, l'ICP accorde une place centrale à la solidarité. A travers sa politique d'aide sociale, il distribue chaque année entre 250 et 400 bourses d'études ou de mobilité aux étudiants les moins favorisés.
 
A plus forte raison en ce moment, l'établissement est particulièrement attentif aux étudiants que la crise fragilise. La Direction du mécénat et des partenariats a appelé les donateurs et amis de l'ICP à participer à un fonds de solidarité afin de répondre rapidement aux situations les plus urgentes. Un questionnaire a été diffusé à tous les étudiants, qui permet d'identifier les situations les plus préoccupantes et de mettre en place l'aide matérielle ou financière adaptée.
 
Elena Lasida est Professeur à la Faculté de Sciences Sociales et Economiques. Elle dirige le M2 Economie Solidaire et Logique de Marché.
Docteur en Sciences Sociales et Economiques, elle est rattachée au Pôle Ethique, Morale et Institutions au sein de l'Unité de Recherche « Religion, Culture et Société » de l'ICP