Témoignage de Henriette lors de la remise de son diplôme à l'IER - Etudes Religieuses

Recevoir un diplôme de fin d’étude, c’est bien sûr un moment de joie, quelque chose du genre « ouf ! J’ai fini par y arriver ! ». C’est aussi une occasion de relire le chemin parcouru.

Avant de commencer l’IER, je ressentais une sorte d’écartèlement.


D’un côté, une vie spirituelle et ecclésiale nourrissante, qui m’avait amenée à m’engager en aumônerie d’hôpital et auprès des personnes sans-abri, de l’autre, un discours du magistère que la plupart du temps je ne comprenais pas ni sur le fond, ni sur la forme.

Alors, comment me situer comme membre d’une Église si je ne comprends pas ce qu’elle dit ?
C’est ce besoin de comprendre et de cohérence interne qui m’a amenée à m’inscrire à l’IER.
L’IER proposait d’avoir un pied dans la théologie, l’autre dans le monde, cela me plaisait bien.


 

Aujourd’hui, au terme de ce cursus, ce que je veux dire en premier, c’est que je suis à la fois réunifiée, libérée et réconfortée.


Ces études m’ont fait percevoir que tout homme est en chemin et l’Église elle-même est en chemin. Dans cette dynamique, la façon de dire Dieu se fonde sur ce qu’on saisit de ce que Dieu lui-même révèle. Car tout commence par ce que Dieu révèle et pour nous par l’étude de sa Parole. Mais cette révélation est reçue avec toutes les limites qui sont celles des hommes, dans une culture qui façonne ce que les hommes comprennent et peuvent dire. Il nous a donc fallu aussi travailler la philosophie et l’histoire. Et cela m’a enrichie bien au-delà de la théologie.

J’ai découvert que la théologie est polyphonique. Comme dans un chœur, la spiritualité ou la culture propre à chacun donne une tonalité particulière qui vient enrichir l’œuvre commune. Cette pensée s’est construite au fil du temps et elle continue à se construire. Et comme dans tout autre domaine, il faut du temps pour qu’une idée nouvelle soit acceptée.
C’est vrai aussi dans l’Église, son histoire en témoigne. Mais malgré ces freins, la nouveauté apportée par les théologiens est petit à petit reçue et le discours du magistère évolue. Le grand souffle de Vatican II en est la preuve. Le récent synode sur la famille montre que le mouvement se poursuit. Tout cela me donne une grande espérance, une grande confiance dans l’Esprit Saint à l’œuvre dans nos vies, dans l’Église et dans le monde.

Ces études à l’IER ont donc réunifié en moi intellect et spiritualité : le Seigneur fait le premier pas, nous recevons avec tout ce que nous sommes, dans le dialogue entre foi et raison.




Le deuxième point que je veux évoquer, c’est l’expérience d’avoir été guidée par l’Esprit Saint. Trois moments pour l’illustrer.


En atelier de reprise pastorale, j’avais choisi de travailler sur deux engagements que j’avais à l’époque, auprès des sans-abri et comme animatrice d’un groupe de lectio divina. J’étais restée très frustrée de ne pas saisir ce qui les reliait alors que j’étais convaincue qu’ils l’étaient. Plus tard, pendant le cours de Trinité, j’ai été émerveillée de découvrir la théologie du Samedi Saint de Hans Urs von Balthasar. C’est l’une de ces expériences où d’un seul coup tout s’éclaire.

Plus tard encore, je devais trouver un sujet pour le mémoire et je n’avais aucune idée. Je me creusais la tête et rien ne venait. Et d’un seul coup, cela a été évident : le lien entre les personnes sans-abri, le groupe de lectio divina et la théologie du Samedi Saint de Balthasar, c’était la relation. La relation et l’absence. La relation malgré l’absence. J’avais mon sujet de mémoire ! Je suis certaine que le Seigneur lui-même m’a guidée dans ce cheminement sur plusieurs années. Tout ce qui me semblait éparpillé et sans lien s’est révélé en fait très cohérent.

 


Je ne peux pas terminer cette brève relecture sans évoquer l’aventure de la vie à l’IER.


La bienveillance des enseignants, les liens qui se sont créés avec les autres étudiants mais aussi cette fabuleuse expérience d’ouverture à la différence, car où, ailleurs qu’ici, aurais-je pu confronter mon regard avec celui de jeunes religieuses qui pourraient être mes filles et qui viennent de l’autre bout du monde ?

Aujourd’hui, je suis toujours engagée en paroisse, mais il y a trois ans, j’ai arrêté l’aumônerie de santé pour accepter une responsabilité au Secours Catholique. Question emploi du temps, je n’ai pas gagné au change, mais quelle belle occasion de pouvoir à la fois mettre en pratique la réflexion sur la relation et la doctrine sociale de l’Église, et penser cet engagement pour le « mieux vivre ensemble ». Sujet dont l’actualité tragique nous rappelle la nécessité vitale.

Articuler réflexion et action, c’est tout l’enjeu. Et cela, l’IER, un pied dans la théologie et l’autre dans le monde, nous y prépare plutôt bien !