Témoignage de Philippe Meillan, licencié promotion 2014

Témoignage de Philippe Meillan, licencié promotion 2014

Témoignage de Philippe Meillan, licence de sciences religieuses

 

 

Vers la mi-octobre, mon épouse et moi étions en pèlerinage en Grèce sur les pas de saint Paul. Et voici qu’à Thessalonique, me parvint un message du père Luc me demandant si j’accepterais de témoigner lors de cette soirée. Nous venions de relire quelques passages la première lettre de Paul aux Thessaloniciens, dont le chapitre 2 où il rappelle son action évangélisatrice en Macédoine. Alors je me suis dit : voilà Paul qui témoigne de ce qu’il a vécu, pourquoi, à ma petite place (je ne vais surtout pas me comparer à Paul !), ne témoignerais-je pas de ce temps passé à l’IER ?

 

Tout a commencé par une problématique. Début 2010, mon entreprise me proposait de la quitter. En somme, j’étais déjà licencié. Il s’agissait de mettre fin à 34 ans de vie professionnelle ; je ne regrettais pas forcément de partir. Partir, oui, mais pourquoi faire ? La consultante chargée d’accompagner les partants m’a alors dit : il faut que vous fassiez une formation. Une formation, oui mais pourquoi, pourquoi ne pas jouir simplement de mon temps libre. Alors, j’ai réfléchi un peu. J’étais quelque peu impliqué dans la communauté chrétienne, j’avais des amis qui avaient suivi des formations en théologie, pourquoi ne pas essayer de faire un peu de théologie ? C’est ainsi que je me suis présenté à l’accueil de l’ICP et que l’on m’a dirigé vers l’IER, où Clémence (directrice adjointe) m’a reçu, et m’a incité à me lancer dans cette voie.

 

C’est ainsi que l’aventure a commencé. Prévue pour durer 3 ans, elle a duré 4 ans : besoin de ralentir un peu le rythme, en fin de parcours. Que retenir de ces 4 ans ?

 

D’abord, je sortais d’une carrière scientifico-technique, et je fus plongé dans des études plutôt littéraires. Certes, Clémence m’avait dit : ne vous inquiétez pas pour les méthodes, vous les avez. J’ai quand même subi un déplacement non négligeable. Un exemple : auparavant, quand j’abordais un texte, c’était pour y chercher un renseignement précis, et j’allais droit au but, lisant en diagonale. A l’IER, changement de perspective : il s’agissait de lire dans le détail, de bien suivre la pensée de l’auteur, de rechercher la pointe de l’exposé, etc. J’ai donc vécu une remise en cause intellectuelle finalement assez profonde mais salutaire.

 

Ensuite, je me suis retrouvé dans des groupes où nous étions invités à échanger, dialoguer, discuter, en toute liberté. J’ai mieux compris que l’on pouvait avoir des points de vue différents, mais que s’écouter les uns les autres, débattre, proposer ses arguments, discuter ceux des autres, cela permettait d’avancer, d’affermir son jugement. Je ne garde que de bons souvenirs de nos séances de TD, et de nos échanges au cours de celles-ci qui au-delà de nos différences, nous ont permis de construire une réelle amitié.

 

Enfin, nous venions d’horizons différents. Je venais d’un milieu professionnel surtout masculin, et je me retrouvais dans un univers quand même majoritairement féminin : encore un déplacement. Mais surtout, j’ai croisé des visages venus d’horizons parfois lointains : d’Afrique, d’Asie, d’Haïti. Les étudiants de l’IER sont d’une grande diversité culturelle et c’est une immense richesse. C’est quand même une bonne chose de pouvoir toucher du doigt que l’Europe occidentale n’est pas tout. De cela aussi je suis reconnaissant à l’IER. Ceci dit, notre Eglise, désormais conduite par un pape non européen est sans doute sur la bonne voie.

 

Mais, me direz-vous : et la théologie dans tout ça ? Il me paraît clair que je ne deviendrai pas un grand théologien. Ce n’était pas non plus le but.

 

Je souhaitais progresser dans l’intelligence de la foi : le but me semble atteint. Je me sens mieux armé pour rendre compte de ma foi. Cela m’est très utile dans mon activité pastorale actuelle : la célébration des obsèques. Je peux facilement citer quelques sujets où les cours de l’IER m’ont été et me sont utiles : l’anthropologie et la morale dans le contact avec les familles en deuil, la liturgie, bien sûr, puisque les laïcs sont amenés à célébrer, l’étude des Ecritures, pour mieux appréhender les textes proposés aux familles et lus durant les cérémonies. Et les ateliers de reprise pastorale, et de communication, m’ont apporté une aide précieuse. J’ai commencé cette activité à peu près en même temps que l’IER, et j’ai pu nourrir ma pratique des cours, mais aussi laisser guider ma réflexion d’étudiant par ma pratique. En quelque sorte un enrichissement croisé.

 

Au final l’aventure n’a sans doute pas été ce que j’imaginais, mais comment imaginer un parcours avant de l’avoir suivi ? En tout cas, ce que ces années m’ont apporté a largement dépassé mes espérances. Il me reste à espérer que d’autres pourront avoir la même chance.