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Le soi engendré d'en haut

Publié le 19 novembre 2019 Mis à jour le 20 novembre 2019
Date :
le  25 novembre 2019
Horaire :
de 09H00 à 14H00 Ajouter à mon agenda 25-11-2019 09:00:00 25-11-2019 14:00:00 40 Le soi engendré d'en haut Institut Catholique de Paris 21, rue d'Assas 75270 PARIS Cedex 06 FRANCE Tél : 33 (0) 1 44 39 52 00 www.icp.fr Leticia Santiago ced.theologicum@icp.fr false DD/MM/YYYY

Soutenance de thèse en théologie par Madame Anne-Caroline Gil

Le soi engendré d'en haut. Entre malentendu et inachèvement : la mise en intrigue poétique de l’existence croyante en Jn 2, 23 - 4, 3

Si l'intrigue de l'Évangile de Jean se cristallise sur l'accueil ou le rejet de « l'Envoyé du Père », la section 2,23–4,3 paraît emblématique de ce choix, de ses conditions de possibilité et de ses conséquences éthiques et sotériologiques. En effet, cette section se construit en diptyque : la rencontre de Jésus avec Nicodème et le dernier témoignage du Baptiste en sont les deux volets. Cependant, ils n'en constituent pas moins un grand récit pouvant être lu comme celui de l'identité croyante dont la thèse sotériologique, strict corrélat de la thèse christologique, culmine en 3,36.

Parvenir à un tel acte de foi en celui qui ouvre au croyant les portes de la vie implique une nouvelle naissance d'en haut (3,3) qui transforme l'existence de celui qui se laisse engendrer d'un Autre en vie croyante. De la reconnaissance de l'identité christologique découle donc une refiguration du soi dont l'enjeu est sotériologique.

Se poser la question du soi du lecteur qui se découvre autrement en pénétrant dans le monde projeté par le récit oriente l’acte analytique vers l’avant du texte et l’engage dans le processus herméneutique ricoeurien qui fait du récit la médiation paradigmatique de la compréhension de soi. En ce sens, le diptyque narratif se déploie en triptyque herméneutique. L’entrée du lecteur et, avec lui, de l’histoire et du temps dans le récit ouvre la structure binaire sur un cercle ternaire dont la dynamique herméneutique invite le lecteur à effectuer le parcours le conduisant d’une expérience temporelle préfigurée à une possibilité d’expérience temporelle refigurée par la médiation configurante de la mise en intrigue de la révélation christologique.

Ainsi, l’unité du récit de Jn 2,23–4,3 ne semble pouvoir être manifeste qu’à travers les chemins de foi et de soi possibles qui sillonnent son monde et les choix d’orientation du lecteur qui pourront le construire autrement en devenant effectifs dans le monde.

Dans notre première partie, nous revenons sur l’histoire complexe de la rédaction et de la première réception de Jn 2,23–4,3 en compagnie de la tradition exégétique dont les lectures et interprétations constituent autant de balises pour nous aider à nous familiariser avec un texte devenu étrange et étranger. Notre deuxième partie tient lieu de médiation et tend à montrer l’intérêt pour la théologie biblique de l’herméneutique ricoeurienne du récit dont la fonction médiatrice revient à conduire tout lecteur prenant le risque d’entrer dans le monde que le texte déploie en avant de lui à se comprendre devant lui et dans l’à-venir de la lecture « soi-même comme un autre ». Dans notre troisième partie, nous entreprenons de décrire le monde du récit de Jn 2,23–4,3 au moyen de divers instruments analytiques provenant de modèles théoriques issus de la narratologie classique et postclassique.

L’enjeu consiste à montrer que le récit johannique fait sens dans son unité actuelle et à rendre compte des stratégies narratives mises en oeuvre pour amener le lecteur à coopérer à cette construction du sens. Dans cette perspective, le monde ouvert par le récit johannique se révèle comme monde du croire dans lequel tout lecteur qui choisit d’y demeurer reçoit une identité nouvelle, engendrée d’en haut, et expérimente une manière inédite d’habiter le monde qui se fait témoignage dès lors qu’elle s’actualise dans l’existence et l’agir.