Nos études à l'Institut Catholique de Paris

Trois prêtres polonais venus étudier la théologie à l'ICP. Retour sur expérience.

Tout d'abord, permettez-nous de nous présenter brièvement. Nous sommes trois prêtres polonais, ordonnés en 2001, 2004 et 2005, venus de trois diocèses différents : Andrzej (André) de Sandomierz (au Sud-Est de la Pologne), Jakub (Jacques) de Przemysl (au Sud-Est de la Pologne) et Pawel Krzysztof (Paul-Christophe) de Elk (au Nord-Est de la Pologne). Après l'ordination, nous avons travaillé comme vicaires dans nos diocèses respectifs, où nous étions engagés dans la catéchèse. Jusqu’au jour où nous avons été relevés de nos fonctions pour être envoyés faire des études théologiques en France - à la Catho de Paris !

Aller faire des études à Paris : comment cela est-il arrivé ?

Comme dans la plupart des cas pour les prêtres étudiants, ce sont nos évêques qui en ont pris la décision. Ceux-ci, d’habitude, envoient leurs prêtres étudier à Varsovie, à Lublin (en Pologne) ou encore à Rome. Mais puisque la manière française de faire de la théologie peut être complémentaire d’autres approches théologiques, nous avons été orientés vers Paris. Et, sincèrement, nous ne le regrettons pas. Nous voici donc à la Catho.

Quel est le domaine de nos études ?

C’est celui de la Théologie Morale, dans le cadre de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses, et plus précisément celui de la doctrine sociale de l’Église. André est en train de rédiger un mémoire intitulé : Comment la foi éclaire-t-elle la question du développement des peuples ? Moins avancés, Paul et Jacques, nous suivons encore les cours. Quelques impressions sur nos études à la Catho :Il y en a beaucoup, nous allons donc nous limiter. Tout d’abord, il y a eu le défi de la langue. Nous sommes arrivés en France ne connaissant que quelques principes de grammaire et quelques mots d’usage courant. Il a fallu commencer par une année de français à l’Institut de Langue et de Culture Françaises de la Catho. Cette première épreuve surmontée, nous en sommes venus à ce qui a été pour nous "un petit choc" : la découverte des cours et des séminaires de méthodologie.

La pluralité des interprétations

Le dépaysement ne venait pas seulement de notre difficulté à exprimer exactement ce que nous voulions dire. La surprise venait souvent de mots que nous croyions connaître, mais qui étaient chargés d’un autre sens. En voici un petit exemple. Notre professeur parlait souvent de "geste". Dans le groupe, la question qui revenait souvent était : "Quel geste, tel théologien a-t-il voulu faire quand il a dit ceci ou cela ?" Dans notre langue, faire un "geste" signifie faire tel mouvement avec une partie de son corps pour exprimer quelque chose. Le mot ne figure pas dans le dictionnaire de théologie ! Nous avions donc chaque fois une petite hésitation : de quoi s’agit-il exactement ? Une question au professeur aurait pu éclairer la situation pour nous ; mais n’allait-elle pas faire question… pour le Professeur ? Relever un défi important est lié aux questions de méthodologie. Nous abordons l’analyse d’un texte. Objectif : "Dégagez le plan, le problème, la problématique, la thèse, l’argumentation, et faites la vérification de vos propositions". Nous aurions volontiers vérifié nos propositions si nous en avions eu, mais nous n’avions pas réussi à arriver jusque-là, car nous étions restés en route, ayant confondu problème, problématique et argumentation… Quand nous comparions les résultats de notre travail avec ce qu’un professeur ou les autres étudiants en avaient tiré, nous découvrions que nous étions partis dans une mauvaise direction. Mais en même temps, nous apprenions à lire attentivement un texte pour lui-même. Ce qui nous semblait évident n’était pas toujours ce que l’auteur avait voulu dire. Nous n’avions pas perçu "quel geste" que l’auteur faisait là sous nos yeux dans le texte analysé…Dans le même cadre méthodologique, un autre défi : la préparation du dossier de lecture.

L'appréciation personnelle

En réalité, la lecture n’était qu’une première étape. Il s’agissait d’aller plus loin, et d’en arriver à une appréciation personnelle, puis à une ouverture vers des pistes d’appro–fondissement. Les débuts n’ont pas été faciles, mais ce travail a été vraiment créatif. Et nous voici tout prêts à verbaliser et à systématiser le déplacement que tel texte a provoqué en nous, prêts à dégager l’impression ou l’émotion qu’il a suscitées en nous, prêts à sortir ensuite "en dehors" du texte pour chercher si cela vaut la peine de l’approfondir, et d’essayer de dire autre chose…Nous faisons ainsi l’expérience de la réflexion à laquelle on veut nous initier. Il s’agit là de toute une ambiance que nous avons découverte à la Catho. Et là, nous apprécions réellement les relations entre les professeurs et les étudiants, entre les étudiants eux-mêmes, et aussi l’attitude de tout le personnel de la Catho envers les étudiants. On sait bien que si on se sent bien là où l’on est pour se développer, on se développe mieux. Cette constatation peut paraître banale, mais c’est vrai. Et nous ne le disons pas pour faire plaisir à quelqu’un…Pour conclure, vous voyez bien que nous nous sommes encore limités dans la présentation de nos impressions.

Echanges

Quels autres bénéfices ?Il faudrait mentionner ici bien d’autres aspects des études à la Catho, par exemple la rencontre avec des étudiants du monde entier et l’enrichissement mutuel qui s’ensuit ; ou encore les échanges d’opinions et de réflexions dans différents domaines pendant les cours, les séminaires, les ateliers, les colloques ; ou les simples conversations ; l’accent mis sur le travail personnel des étudiants, sur le respect pour les différentes opinions, sur la nécessité d’être précis dans nos interventions, et bien d’autres choses encore. Ce que nous retenons pour finir pourrait se résumer dans une courte maxime : les études à l’Institut Catholique de Paris "apprennent à penser". Il nous semble que c’est là une des tâches primordiales des études. La Catho nous y aide grandement.