Mohamed-Ali Bouharb, DU "Interculturalité, Laïcité et Religions"

La Faculté de Sciences Sociales et Économiques propose depuis 2007 cette formation qualifiante pour répondre à la demande de la société française et des acteurs sociaux, et pour promouvoir un "vivre ensemble". La première promotion du DU comptait 25 étudiants. Mohamed-Ali Bouharb est arrivé major de cette promotion sortante.

Qu’avez-vous appris lors de cette formation ?

L'enseignement fondamental que j'ai pu retenir au cours de cette formation est l'idée principale selon laquelle l'Etat n'est pas contre les religions. En effet, j'ai découvert, dans sa finesse, le processus historique de constitution des valeurs de la République et de la laïcité qui en réalité sont très liés. Par exemple, étudier la profondeur des débats ayant eu lieu au sein de l'assemblée nationale au sujet de la devise liberté, égalité, fraternité nous a permis de prendre la mesure des enjeux politiques qui ont traversé l'histoire de notre pays et que finalement, rien ne doit être considéré comme un fait donné. Les multiples cours nous ont apporté une trame pédagogique constante : comment, depuis des siècles, les institutions tentent de favoriser la paix sociale par l'action politique en considérant les religieux comme partenaires de cette paix ? Cette formation nous a apporté des clés de compréhension du fonctionnement de l'administration, dans sa mission première de se rendre utile au citoyen, ce qui a permis de mieux envisager nos relations avec nos interlocuteurs publics d'une part et l'ensemble de la société d'autre part, tout en étant des médiateurs entre les fidèles et les institutions publiques.

En quoi la formation vous donne-t-elle des outils et connaissances pour exercer vos fonctions actuelles d’aumônier ?

Dans les situations de difficulté que peuvent rencontrer les militaires de confession musulmane qui me sollicitent, il est important d'avoir une solide maitrise des techniques de la médiation et une capacité d'analyse fine des acteurs concernés, afin d'éviter que soit portée une atteinte à la cohésion interne. La formation du DU m'a apporté, toujours en filigrane et quelque soit le cours étudié, cette disposition mentale et ce pragmatisme à la résolution des problèmes par l'intelligence de l'action. J'en sors chaque jour grandi par l'appréciation positive de ma hiérarchie et par la satisfaction de mes coreligionnaires. De fait, la formation m'a procuré la capacité à servir dans mes fonctions de façon plus efficace au service du sens, de l'éthique et du respect de mon institution de tutelle. Comment ? En mettant en application la méthodologie acquise lors des nombreux cas pratiques vus en cours. J'ai également appris comment déconstruire dans les discours le religieux du non religieux et réhabiliter ce qui relève du professionnel et du confessionnel, évitant ainsi la confusion des genres, dans le cadre strict du principe de laïcité.

Pourquoi recommanderiez-vous cette formation à tout futur cadre cultuel ou cadre culturel en fonction ?

Parce qu'elle est un dispositif né du courage politique contre toutes les passions et que la qualité du corps professoral composé d'avocats, de haut fonctionnaires, de conseillers ministériels et de professeurs d'université est gage de franchise, sincérité et respect à l'égard des étudiants. En réalité, c'est plus qu'une formation que nous avons eu, c'est une rencontre. Une rencontre inédite, car jamais de mémoire d'histoire de France, des cadres cultuels de confession musulmane se sont vus proposer une formation dont la méthodologie est celle des grandes écoles, dont l'esprit est identique à celui de la préparation aux concours de la fonction publique. Cette rencontre a crevé les abcès caractérisés par les préjugés et la méfiance : aucune posture civilisatrice d'inspiration néo-colonialiste d'un côté, aucune méfiance à l'égard de savoirs décultualisants de l'autre. La force de ce projet réside dans la confiance mutuelle entre les enseignants et les étudiants pour relever un enjeu d'aujourd'hui: l'islam de France.
Enfin, la marque de cette formation est qu'elle a été conçue « sur mesure » en tenant compte des échecs connus depuis vingt ans concernant le volet de formation universitaire non théologique. Bien plus encore, elle est, sans hypocrisie, une véritable action de politique d'intégration et un excellent moyen pour les officiants et cadres associatifs d'apporter aux fidèles une culture républicaine profonde.

Pour plus d'informations sur M. Mohamed-Ali Bouhard, vous pouvez visiter son Blog : http://www.eternelparadoxelaicite.fr