Mariina Viia, 37 ans,

Estonienne, et traductrice en théologie

Marina, quel est votre parcours ?
Sous le régime communiste en Estonie, et jusqu'en 1991, la faculté de théologie de l'Université de Tartu était fermée. Intéressée par les langues étrangères, j’ai d’abord fait des études de langue et lettres anglaises. Mais l’étude d’une langue n’est que l’apprentissage d’un moyen de communication : j’ai donc décidé d’étudier la théologie, qui correspond à mes motivations plus profondes. Mes parents sont luthériens, pas vraiment pratiquants, mais nous allions à l’Eglise pour fêter Noël, comme beaucoup de gens, même si c’était formellement interdit. Les catholiques sont peu nombreux en Estonie : 5 700 sur une population totale de 1 ,5 millions. J’ai été baptisée à l’âge de 28 ans à l’église catholique de Tartu. J’ai soutenu en 2001 ma thèse de maîtrise sur le monastère cistercien Valkena, en Estonie ; et je fais des recherches sur tous les monastères cisterciens en Livonie ancienne, des 13ème au 16ème siècles pour ma thèse de DEA. Mes connaissances en langues anglaise et française me permettent de traduire les textes de théologie en estonien, puisque ce genre de littérature n’a pas été traduit depuis 1945. J’ai donc participé au projet linguistique d’élaboration du vocabulaire théologique, projet qui avait été interrompu pendant 50 ans sous le régime d’occupation.

Quelle est votre expérience des différences culturelles dans votre pays ?
Il y a plusieurs groupes culturels minoritaires en Estonie. Chacun a le droit d’exercer sa culture. Les russes qui représentent un tiers de la population, ont commencé à mieux s’intégrer à la société en apprenant la langue estonienne, car cela leur donne plus de possibilités dans la vie professionnelle.

Que vous a apporté ce séminaire sur le dialogue interreligieux ?
C’est une rencontre très enrichissante qui permet un échange authentique avec des représentants des autres églises, religions, continents et cultures. C’est une opportunité de discussions et d’accès à des témoignages que les livres n’offrent pas.
Chaque religion et culture étaient représentées par des personnes qui la vivent vraiment et qui en même temps sont ouvertes à l’échange de leur expérience. Les exposés présentés ont invité à une plus profonde réflexion et ont suscité des idées sur la façon dont l’expérience humaine peut être multilatérale ; ils ont élargi notre compréhension du monde. Nous avons parlé des limites personnelles et de la manière de les surmonter, des relations entre les différentes religions; des conceptions du boudhisme et de l’hindouisme ; du Christ en Afrique, pour citer quelques sujets. Ce séminaire est une formidable réussite du point de vue de la rencontre interculturelle.