Les enfants de Madagascar

Elle a fait partie de l'équipe de Mad'Amiko, association solidaire de l'ICP au service des enfants de Madagascar et a eu le bonheur de partir trois semaines à Antsirabe au centre de l'île, à la rencontre de Thina, Naitenaina, Lalasoa et des autres "enfants du soleil". Hélène Hildebrandt, étudiante en L3 DSP à la FASSE reviens pour nous sur cette expérience profondément enrichissante.

Je suis étudiante en troisième année de droit et sciences politiques à la FASSE de l’ICP. Avec quelques amis, nous avons développé l’association solidaire Mad’Amiko. C’est dans ce cadre que nous avons pu partager l’une des expériences les plus marquantes que j’ai connues à ce jour.

Imaginez-vous vous réveiller un matin dans la senteur de la campagne malgache. Autour de vous les rizières, les collines à perte de vue, les villages très pauvres, la voie ferrée délabrée, l’unique route qui joint le nord au sud – elle s’appelle encore la Nationale 7. Les femmes portent les jarres emplies d’eau sur leur tête. Les hommes fument. Les vieillards omniprésents témoignent de l’importance du cocon familial et les enfants, souriants, joyeux, trottent vers l’institutrice encore adolescente qui s’efforce d’être autoritaire.

Ces images furtives, attirantes, irrésistibles nous ont guidés dans notre démarche associative, pour tenter d’apporter un peu de notre contribution à l’aide humanitaire, vitale pour le développement de Madagascar.

A Roissy, nous ne sommes pas encore un groupe homogène. On se regarde mal assurés, dans quoi nous embarquons-nous, saurons-nous travailler ensemble, notre démarche est-elle sincère ? Jusque-là tout était plutôt festif : les réunions informelles, les visites chez les sponsors, la soirée de Jazz. Maintenant nous y sommes, il va falloir « assurer ».

Après un bref passage à Tana, nous rejoignons notre « camp de base », le village des Enfants du Soleil (EdS). C’est là que, dès dimanche, nous rencontrons les premiers enfants voués à devenir nos « protégés ». Ils nous accueillent avec un « Bonjour Vasaha » (« bonjour l’étranger ») chaleureux. Le protocole de prise de contact est réduit, et nous voilà déjà embarqués dans une partie de pétanque endiablée. Je repense à mes jeux de grande sœur avec mes trois jeunes frères et l’évidence me harcèle : quelle loterie incontrôlable distribue le droit au bonheur ?

Les enfants, nous apprenons à les connaître un à un : Fanjersena, Thina, Lili, Adza ou encore Naitenaina. Chaque prénom, chaque sourire, chaque embrassade est le début d’une nouvelle histoire triste qui trouve son dénouement heureux dans le village des Enfants du Soleil. Et nous avons l’immense privilège de participer de ce bonheur.

Voici cette fillette de quatre ans au visage fermé. Elle a été recueillie un an auparavant alors que ses deux sœurs, à peine plus âgées qu’elle subvenaient seules à ses besoins. Elle commence à obtenir des résultats scolaires satisfaisants.

Au deuxième jour, je rencontre Thina. Il a douze ans mais n’en paraît que quatre, à causes de carence alimentaire et d’un grave retard dans son développement mental. C’est pourtant de lui que je me sens la plus proche. Malgré notre différence d’âge et l’absence de langue qui nous permettrait de communiquer, nous devenons complices. Je reviens chaque jour le voir, il me parle malgache et je lui répond en français : nous n’avons pas besoin de nous comprendre pour nous aimer. Il gravite toujours à proximité alors que je m’emploie à aider sur le chantier du mur d’enceinte. Ce mur, c’est l’un des fondements de notre projet pour ce séjour. Dès le premier jour, je sais que je ne suis pas faite pour ce travail, et qu’il faudra que je m’accroche pour ne pas décevoir mes coéquipiers. Avec le soutien actif des enfants, de leurs éducateurs, grâce à notre détermination renforcée par le travail commun qui commence à souder notre groupe, nous parviendrons à terminer le mur d’enceinte du village des enfants avant de repartir.

Pour la première fois, nous avons l’occasion de devenir instituteurs. Les enfants, curieux, nous regardent avec étonnement. Que veulent donc ces « vasaha » ? Les leçons se suivent et les liens se resserrent. Au point que les éducateurs viennent nous solliciter à leur tour. La promotion est rapide : d’instits nous devenons professeurs. Ce qui ouvre de nouveaux horizons : nous faisons faire des dissertations sur les aspirations de nos nouveaux élèves. La première porte sur le voyage : « si vous pouviez partir demain, où iriez-vous ? ». Le témoignage de Lalasoa m’émeut particulièrement : elle me parle de ses rêves parisiens, de sa joie de vouloir être « coquette sur le Champ-de-Mars ». Et sa peine de ne jamais pouvoir réaliser ce rêve.

Nous partons en randonnée avec tous les enfants et nous découvrons une nouvelle merveille de la nature malgache : le lac Tritriva. C’est à notre tour de nous enchanter devant ce paysage que trop peu de touristes ont le privilège d’embrasser du regard.

Nous ne sommes pas au bout de nos émotions : nos adorables protégés nous ont ménagé une surprise. Le pique-nique se révèle être un repas de gala. Chacun d’entre nous est pris en charge par les occupants d’une des maisons du village. Et chaque maison a préparé un menu différent pour nous distinguer et nous remercier. Je suis affectée au foyer des grands garçons, dont deux s’apprêtent à passer le bac. Adza, m’interroge sur l’examen, sur Paris, sur les filles en France, me parle de ses rêves.

De retour au village nous serons confrontés à une nouvelle épreuve : la ronde de nuit, durant laquelle nous assistons les éducateurs pour convaincre les enfants des rues et leurs mères à rejoindre l’organisation des EdS. C’est l’occasion d’expliquer à des femmes abandonnées qu’elles peuvent apprendre à se réintégrer dans la société par le travail, et que c’est précisément ce qui leur est offert ce soir. Soudain, nous voici face à deux enfants dont la mère vend son corps à quelques mètres de là. Leur sourire confirme leur volonté de nous suivre. Lorsque nous interrogeons leur mère, elle nous dévoile son désarroi et le fait que le père des enfants se trouve en prison, incapable de nous donner son accord. Nous les quittons avec peine.

La kermesse du village sera la dernière animation que nous organiserons avant la fin de notre mission. Le stand de basket, le stand de tir à la corde, le parcours du combattant ne désemplissent pas durant un long après-midi. Les enfants nous enlacent, nous les embrassons, les effusions sont émouvantes.

Puis les enfants organisent une « fête » d'au revoir, pendant laquelle ils dansent et chantent pour nous remercier et nous leurs témoignons notre reconnaissance. Nous sommes devenus un groupe d’amis soudés grâce à eux.

Je retournerai certainement un jour à Antsirabé pour retrouver l’adulte que sera devenu Thina.

Hélène Hildebrandt

A voir, le blog de Mad'Amiko:http://assomadamiko.blogspot.fr