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Crise sanitaire et fermeture des frontières, quelle continuité de la recherche scientifique ?

Publié le 18 novembre 2020 Mis à jour le 2 décembre 2020

Malgré la crise, la recherche scientifique, et notamment théologique reste féconde entre les chercheurs de tous pays. Cette période complexe serait-elle source d'opportunités nouvelles ?

illu recherche internationale

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Un monde au ralenti

Toutes les activités humaines de la planète sont impactées par les mesures prises pour lutter contre la propagation du Covid 19. Tous les secteurs, économiques, sociaux, politiques, les organisations, les populations ont vues leur quotidien bouleversé.

Il est légitime de s'interroger sur l’état de la recherche scientifique sur le plan international car elle est rythmée par la rencontre des chercheurs dans les grands centres de recherche, les universités, à travers tous les continents.

Pour appréhender la réalité d'aujourd'hui, le Père Luc Forestier, enseignant-chercheur au Theologicum - Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses, témoigne.


Quelles sont les relations habituelles des chercheurs du Theologicum avec leurs homologues des universités étrangères ?

P. Luc Forestier :
Les enseignants-chercheurs du Theologicum sont engagés depuis longtemps dans de grands réseaux internationaux de théologie, selon les disciplines (ex. Societas Liturgica, Societas Œcumenica, Ecclesiological Investigations, etc.), ce qui les conduit à participer ou à organiser des colloques internationaux en exégèse, en théologie morale, en théologie dogmatique, etc.

Beaucoup parmi nous publient très régulièrement en anglais ou dans d’autres langues, condition pour être connu sur le plan international, de même que nos bibliographies prennent en compte la recherche dans plusieurs pays et continents. Cette activité internationale se joue aussi à l’intérieur de comités éditoriaux, et du travail de relecture des propositions d’articles en double aveugle, ainsi que de la recension dans les grandes revues.
 

Qu'a modifié la crise du Covid 19 ?

P. Luc Forestier :
Avant tout, il faut affirmer que la construction de tels réseaux internationaux de collaboration est nécessaire pour garantir la scientificité de nos recherches et pour prendre en compte la diversité culturelle dans l’élaboration d’une théologie pour le monde de ce temps.

De ce point de vue, la pandémie actuelle a un double effet.
D’une part, beaucoup de projets sont repoussés car les déplacements internationaux ne sont plus possibles. De plus, la construction de liens durables de collaboration nécessite toujours le temps gratuit de la rencontre que ne permettent pas les conditions actuelles de travail sur le plan international.

D’autre part, la pandémie mondiale constitue par elle-même un sujet majeur de travail théologique sur le plan mondial. À titre d’exemple, la COCTI (Conférence des institutions catholiques de théologie) a mis en place un séminaire international de recherche, à raison d’une rencontre par mois en anglais, espagnol et français, qui permet de croiser les disciplines (anthropologie, exégèse, morale, ecclésiologie, etc.).

 

Une opportunité ?

P. Luc Forestier :
Il faut reconnaître que cette situation de confinement multiplie paradoxalement les contacts internationaux car il est facile d’organiser par visio-conférence des rencontres formelles ou informelles entre collègues en vue de monter des projets.

Pour ma part, en plus de ce séminaire COCTI, je viens de participer à une journée d’étude sur le P. Le Guillou, organisée par la faculté de théologie San Damaso (Madrid). Et j’animerai la séance de mars 2021 de la chaire « Géopolitique et religions » avec Pavlo Smytsnyuk , enseignant-chercheur à la faculté de théologie de l’université catholique de Lviv (Ukraine), tandis qu’un projet éditorial franco-italien s’esquisse sur un bilan de la théologie après quelques années du pontificat actuel, et qu’un autre projet international sur Vatican II est envisagé.

Mais de tels projets sont possibles car nous nous connaissons bien : le souci permanent de mes collègues est donc de faire en sorte que de plus jeunes théologien(ne)s nous rejoignent et soient associé(e)s à ces projets internationaux.

La dimension humaine est déterminante pour cette vie internationale qui est essentielle à la théologie comme aux autres sciences, mais il faut en même temps impliquer nos institutions académiques afin de construire des partenariats sur le long terme, et répondre ainsi au quatrième critère du Préambule de Veritatis gaudium (2017), la Constitution apostolique qui organise les facultés de théologie dans l’Église catholique.


P. Luc Forestier, professeur.
Enseignant-chercheur, membre du pôle Ethique, Morale et Institutions de l'Unité de recherche de l'ICP.
Spécialiste en ecclésiologie, théologie dogmatique, directeur de la Licence canonique de théologue du Theologicum
Auteur de Les ministères aujourd'hui, Paris, Salvator, 2017, Églises en chantier : justice et justification au cœur de nos pratiques, Paris, Cerf Patrimoine, 2020



Photo d'illustration : © Mike Swigunski