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Notre Père : éclairage sur la nouvelle traduction

Publié le 28 novembre 2017 Mis à jour le 2 janvier 2018

Le dimanche 3 décembre 2018, les fidèles de la messe dominicale réciteront une version modifiée du "Notre Père". Éclairage sur cette évolution.

En ce premier dimanche de l'Avent, la sixième demande du Notre Père devient "Ne nous laisse pas entrer en tentation" et remplace "Ne nous soumets pas à la tentation"
Un changement qui survient 50 ans après l'adoption de la traduction jusque là en usage.

Le père Gilles Douin, directeur de l'Institut Supérieur de Liturgie (Theologicum) explique ce changement. 

Pourquoi cette évolution ?

La traduction "Ne nous soumets pas à la tentation", juste au plan exégétique, était souvent mal reçue par le peuple chrétien. Contrairement à la mentalité de l'Orient ancien, où l'on ne pouvait pas imaginer que quelque chose se passe sans que Dieu l'eût permis, l'idée que Dieu puisse soumettre à la tentation est devenue pour beaucoup de nos contemporains insupportable.

Ce verset est d'ailleurs un des plus difficiles à traduire de l’Évangile, le verbe (eispherein) mais aussi le mot grec (peirasmos) qu'on traduit par tentation n'ont pas d'exact équivalent en français, son sens se situe entre celui de tentation et celui d'épreuve. Il serait plus aisé d'admettre "ne nous soumets pas à l'épreuve", qu'à la tentation au sens strict.

La formulation retenue "Ne nous laisse pas entrer en tentation" associe le mot de tentation, qui correspond à une expérience humaine commune et une nuance dynamique qui correspond bien au contexte spirituel de la demande qui est celui du combat spirituel.

Quel processus a abouti à ce changement ? 


Cette formule a été proposée lors du travail de retraduction de l'ensemble de la Bible qui a été avalisée par Rome (procédure de recognitio) et a donné lieu il y a deux ans à la nouvelle traduction liturgique de la Bible, intégrée dans toutes les églises catholiques francophones le premier dimanche de l'avent 2015.

Les évêques de France ont jugé bon de ne pas attendre la nouvelle traduction du Missel Romain pour intégrer cette nouvelle traduction du Notre Père dans la liturgie, afin de mettre en cohérence les formules utilisées lors de la proclamation de l’Évangile et lors de la prière du peuple chrétien, d'où cette décision, en France, de passer à la nouvelle traduction ce dimanche 3 décembre.

D'autres conférences épiscopales, comme celle de la Belgique francophone ou encore du Bénin, ont mis en œuvre cette décision commune à d'autres dates, en l'occurrence dès la Pentecôte 2017. Les églises orthodoxes et protestantes, sollicitées, ont donné leur accord, tant sur le fond que pour que cette traduction soit utilisée lors des prières œcuméniques, les évolutions des paysages ecclésiaux, tant côté orthodoxe que protestant, rendent difficile une adoption d'une formulation homogène entre les différentes composantes de ces confessions