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La continuité pédagogique en temps de confinement, un défi nouveau

Publié le 1 mai 2020 Mis à jour le 6 mai 2020

La crise sanitaire que traverse notre pays a fait naitre brutalement la nécessité pour tous, de s'adapter à une situation inédite. Assurer un enseignement universitaire à distance, en un temps si court fut un enjeu qu'a su relever le Theologicum.

Le Theologicum - Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses, comme les autres Facultés de l'Institut Catholique de Paris, a dû rapidement réorganiser son fonctionnement pour permettre à ses mille étudiants de continuer à suivre les enseignements de leur cursus d'étude, malgré le confinement. Cela a été rendu possible grâce à déjà une longue expérience de cours donnés tout ou en partie à distance et à la capacité d'adaptation de ses enseignants et étudiants.

Ce défi n'a pas été relevé sans certaines contraintes, freins, difficultés ; mais il a aussi mis en lumière une formidable capacité d'adaptation de beaucoup d'acteurs. 

Christian Pian, directeur du 1er cycle soir-cycle C (premier cycle de théologie en cours en soirée), nous fait part de cette expérience encore en cours, au sein l'organisme qu'il dirige.
 

Assurer la continuité pédagogique pour la formation universitaire en soirée d’adultes engagés par ailleurs dans la vie professionnelle


Christan Pian"On commence à disposer d’un certain nombre de retours d’expérience sur la continuité pédagogique qui a dû être assurée suite au confinement en France dans l’enseignement primaire et secondaire mais peu, semble-t-il, concernant le supérieur. On dispose encore moins de communication de retours d’expérience concernant la formation universitaire en soirée d’adultes engagés par ailleurs dans la vie professionnelle.

Dans ce contexte, je peux témoigner de ce que nous vivons au sein du 1er cycle soir-cycle C du Theologicum.
Si l’on peut reprendre des éléments de diagnostics qu’on a vu circuler au sujet de l’enseignement à distance contraint vers lequel on a dû basculer pour assurer la continuité pédagogique dans le contexte du confinement, des accents particuliers peuvent être mis en avant :
 
  • Un engagement fort de beaucoup, côté équipe pédagogique comme côté étudiant, avec un dévouement souvent remarquable, avec de la gratuité.
  • Un pragmatisme auquel il a fallu recourir, avec l’adaptabilité nécessaire, l’inventivité parfois.
  • Une surcharge de travail pour l’équipe pédagogique et potentiellement les étudiants.
  • Des difficultés rencontrées dans l’utilisation des dispositifs institutionnels – techniques mais aussi organisationnel – avec, pour commencer, des problèmes pour joindre les étudiants.
  • La peur de creuser une fracture numérique et sociale.
  • La difficile question à gérer de l’organisation entre vie professionnelle, vie familiale, vie étudiante dans un contexte de confinement plus ou moins confortable et de télétravail généralisé à tout point de vue.
  • Les nécessaires « montées en compétences » qu’il a fallu opérer et les difficultés rencontrées : on ne peut se transformer du jour au lendemain en experts de l’e-learning (pour délivrer un enseignement ou le recevoir). Enseigner, être enseigné à distance avec le numérique, cela s’apprend, : choix et maitrise des outils, élaboration des scénarios, réinvention de la relation avec les étudiants, gestion de la temporalité … Cela est en train de s’apprendre. Et cela s’apprend ensemble, avec les étudiants eux-mêmes…
S'il on peut noter le grand nombre de défis qu'impose une telle situation, il faut également souligner qu'ont été observées d'heureuses conséquences :
 
  • l'émergence de solidarités nouvelles
  • l'expérience de bonheurs pédagogiques inédits
  • le constat d'une capacité d'adaptation insoupçonnée qui n'aurait pas été envisagée sans ce contexte particulier
Autant de progrès qui resteront comme de nouveaux atouts dans le futur pour notre Faculté.
 

Les marqueurs de la réussite

Au total, assurer la performance voulue pour une continuité pédagogique dans le cadre d’un enseignement à distance pour la formation d’adultes comme celui du 1er cycle soir-cycle C suppose que soient satisfaites des contraintes de qualité touchant à trois types de facteurs sur lesquels on n’a pas toujours prise, ou en tout cas pas toujours aussi facilement :
 
  • Un niveau de compétence à atteindre : nous avons là beaucoup progressé même s’il reste encore à progresser.
  • Une motivation chez tous les acteurs qui ne consiste pas seulement en une bonne volonté mais passe par des aspects culturels qu’il faut faire évoluer : cela commence à bouger, mais c’est difficile.
  • Un environnement favorable qui renvoie à la vie même des personnes en dehors de l’institution, environnement matériel, mais aussi humain, familial, social, psychologique, spirituel, sur lequel on a sans doute le moins de prise et qui est sans doute la question déterminante pour viser une proposition juste et adaptée."
Christian Pian, docteur en théologie, est directeur du 1er cycle soir-cycle C. Maître de conférences au Theologicum, il y enseigne la théologie morale. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles dont « L’écologie intégrale dans Laudato si’ : l’intérêt d’une notion et les risques d’une réception », Revue d’éthique et de théologie morale, n° spécial août 2018