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Gilles Drouin nommé expert à la reconstruction de Notre-Dame de Paris

Publié le 16 avril 2020 Mis à jour le 16 avril 2020

Un an après l’incendie de Notre-Dame de Paris, nous faisons le point avec P. Gilles Drouin, directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie, nommé membre du conseil scientifique chargé de la conservation et restauration de la Cathédrale.

Vous avez été nommé au conseil scientifique de l'établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris en fonction de votre expertise – de quelle expertise s’agit-il et quelle est votre mission ?

Le diocèse de Paris a deux représentants « institutionnels » à l’Etablissement Public : Mgr de Sinety qui représente l’archevêque au Conseil d’administration et moi au Conseil scientifique pour les questions de « doctrine » de restauration. En fait l’archevêque a proposé mon nom en tant que son délégué pour l’aménagement liturgique et culturel de la cathédrale.

Cette proposition s’est probablement faite à un double titre institutionnel en tant que directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie de l’ICP et parce que mon travail théologique, rejoignant en cela un investissement personnel depuis plus de trente ans, concerne l’articulation culte-culture, notamment dans ses dimensions architecturales. Un chapitre de ma thèse, soutenue à l’ICP, traitait d’ailleurs du chœur de Notre Dame.

 

A titre plus personnel, quels sentiments peuvent traverser un homme d’église, expert passionné de l’architecture religieuse, que vous êtes, appelé à participer à ce chantier « exceptionnel », à participer à l’écriture de l’Histoire de ce lieu ?

Il est vrai que lorsque j’ai été appelé par l’archevêque, j’ai eu un sentiment d’écrasement - moins devant l’ampleur de la tâche que devant la majesté de l’objet : Notre Dame, cathédrale de Paris, mais aussi en quelque sorte cathédrale de la France ; et bien au-delà comme l’ont si puissamment manifesté les réactions venues du monde entier après le drame du lundi saint 2019.

Mais très vite, aidé en cela par un maître et un ami, également engagé dans cette aventure, l’architecte Jean-Marie Duthilleul, (architecte de la transformation de l'ICP) je me suis dit qu’il fallait s’y atteler avec le même sérieux et la même confiance que lorsque je me suis investi dans la restauration de l’église de mon village natal, au pays de Jehanne, en Lorraine. C’est ce que j’essaie de faire, surtout pas seul mais en équipe, dans le cadre de l’Atelier Notre Dame que j’ai constitué à cette fin en septembre quelques semaines après ma nomination.

 

Quels pans de votre expertise seront les plus sollicités pour mener à bien cette mission ?

Je me rends compte depuis maintenant près d’un an que je suis embarqué dans cette aventure, combien les ressources de la théologie sont précieuses, y compris et peut-être surtout quand on travaille, comme c’est mon quotidien, en lien avec des experts ultra compétents dans les domaines profanes, dans notre cas, en urbanisme, en architecture, en histoire de l’art. Car dans cet univers nous sommes les gardiens, vigilants et écoutés, du sens. Et c’est à ce niveau que se situe notre intervention et que se joue notre crédibilité. Aussi le langage symbolique, que nous avons appris à considérer et à manier dans notre formation théologique, nous permet d’entrer en dialogue, un dialogue aussi serré que respectueux avec ces partenaires. C’est cette place qu’au nom du diocèse, je m’efforcerai de tenir dans le Conseil scientifique de l’Etablissement public.

Avec un principe, que je répète à l’envi et qui guide notre action : la cathédrale Notre Dame de Paris est un édifice intégralement catholique…et donc pour cette raison ouverte à tous, gratuitement, gracieusement.

 

Comment va la cathédrale, comment va la liturgie en ces temps de confinement ?

La cathédrale va plutôt bien, sa structure ne bouge pas. Il est vrai que la situation que nous vivons a marqué un coup d’arrêt dans l’entreprise de réanimation du chantier qu’était en train de mener avec vigueur et compétence le général Georgelin et son équipe. Mais il n’est pas homme à baisser les bras et nul doute que quand on pourra repartir, on mettra les bouchées doubles. Et nous nous y préparons activement.

Quant à la liturgie, elle est évidemment soumise, et pas seulement à Notre Dame, à rude épreuve ! Une sorte d’Exil comme le peuple juif en a vécu, rude, décapant mais qui, peut-être, est gros de promesses de renouvellement pour notre catholicisme, notamment occidental passablement essoufflé. En particulier dans une prise en main, magnifique, de nombreux laïcs qui découvrent, non pas qu’ils peuvent se passer des clercs mais que, dans le domaine liturgique également, ils sont, par la grâce de leur baptême, véritablement prêtres.

C’est rude, décapant mais peut-être apprenons nous, dans l’urgence et le drame comme souvent, que notre Dieu est au-delà de nos sécurités les plus légitimes, y compris liturgiques. Nous vivons tous une sorte de grand samedi saint. Puisse-t-il déboucher pour la cathédrale…mais aussi pour la liturgie sur une Pâque, une résurrection joyeuse, carillonnante, après ces jours de douleur et de glas !

Crédit photographiqueGodefroyParis