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De la médecine au Bien commun

Publié le 12 juillet 2018 Mis à jour le 31 juillet 2018

Depuis ses études de médecine, jusqu’à la fondation d’une chaire de recherche dédiée au Bien Commun, le Pr Olivier Artus, aujourd’hui vice-recteur à la recherche de l’ICP, nous raconte les rencontres déterminantes qui ont jalonné son parcours, marqué par un exercice des responsabilités teinté d’un fort altruisme.

Interview avec le Professeur Olivier Artus, exégète,







 

Des rencontres inédites

Cardinal RatzingerLa rencontre du Cardinal Ratzinger a été déterminante pour faire évoluer ma manière de pratiquer l’exégèse biblique, passant d’une exégèse historico-critique "pure", (qui cherche à identifier les auteurs et l’époque de rédaction des textes bibliques) à une exégèse plus « théologique » prenant en compte l’impact de la lecture des textes bibliques sur la vie des croyants (attentive aux « effets » du texte biblique). Cette rencontre a été un véritable déclic dans ma manière de faire de l’exégèse, et fut l’occasion d’échanges intellectuels simples et informels avec ce grand théologien (NDLR : Le pape Benoit XVI a cité les travaux de recherche du Pr Artus dans son ouvrage « Jésus de Nazareth »).

Mes rencontres avec les exégètes protestants (Thomas Römer, Reinhard Achenbach, etc.) m’ont également beaucoup marqué ; j’ai beaucoup appris à leur contact car il y a chez eux, une précision et une connaissance parfaite du texte biblique. J’ai une vraie dette intellectuelle vis-à-vis de l’exégèse protestante.



 

Inde, revisite des fondamentaux.

IndeÀ la demande des Missions étrangères de Paris, je suis devenu Visiting Professor au St Peter’s Pontifical Institute de Bangalore, où je forme depuis 14 ans des prêtres, qui se préparent au Master de Théologie biblique, (cette institution universitaire catholique indienne rassemble environ 500 étudiants en Théologie et Droit Canonique). Chaque année, la rencontre avec ce pays me ressource. Lors de mon premier retour à Paris, j’ai mesuré le décalage entre une Inde jeune et laborieuse, toujours éveillée, et nos pays européens, plus âgés, plus « rangés ».
Autre découverte, l’Église indienne pallie les manques de l’État en s’engageant dans l’éducation, la santé, les actions sociales. Cet engagement de l’Église dans l’action sociale est sans doute moins immédiatement visible, en France ; sans doute parce qu’il y a de fait une déconnexion entre les paroisses et l’action sociale. En Inde, il y a un « tout en un » : - La paroisse rassemble les chrétiens, gère des dispensaires, s’occupe d’éducation, etc .
Bref, j’ai retiré de ces séjours en Inde un sentiment d’utilité, l’impression de répondre à un fort besoin de formation. La situation contraste évidemment avec celle de la France où l’offre de formation est large, étendue et accessible."





Un bibliste au profit du Bien Commun

Bien Commun
Élève Titulaire de l’école Biblique de Jérusalem, j’ai parcouru la Terre Sainte à près de 20 reprises. L’imprégnation physique de ces lieux (aller sur les pas de Jésus, fouler la Galilée) est un atout formidable pour améliorer ma propre compréhension des textes bibliques. Cette connaissance de la Terre sainte est précieuse pour l’enseignement de l’Écriture sainte, notamment dans le cadre des séminaires de doctorat que nous animons avec le Pr. Sophie Ramond.

La Terre Sainte est un lieu marqué par des contrastes, politiques sociaux et religieux - les deux peuples qui y cohabitent tant bien que mal et souvent s’y affrontent doivent sans doute mieux prendre conscience du droit de l’autre, et mieux découvrir que leur premier bien commun, c’est la paix.

Ma mission de vice-recteur et mon intérêt d’exégète de l’Ancien Testament pour l’éthique m’ont conduit à accompagner la création d’une chaire consacrée à la notion de Bien Commun. Elle réunit des personnalités du monde économique, politique et intellectuel autour de la question du Bien Commun dans toutes ses dimensions. Après deux colloques scientifiques, consacrés à la pertinence actuelle de la notion de "Bien Commun", et au lien entre Bien commun et écologie, le conseil d’orientation constitué de représentants de l’Église, de la société civile et du monde politique prépare un troisième colloque fin 2019 qui explorera les liens entre Bien Commun et Éducation.
 


Un parcours sur deux pieds : l’un au service du diocèse, l’autre à l’Institut Catholique de Paris.

Olivier Artus 3 Artus 2 Olivier Artus 1

J’ai commencé mon parcours par des études de médecine. Ce n’est que tardivement que j’ai lu la Bible. Cette lecture m’a profondément touché, au point de vouloir devenir prêtre. Pour conserver un vrai choix de vie, j’ai poursuivi mes études, devenant Interne des Hôpitaux, puis Neurologue. Une fois achevée cette formation, et en toute conscience, je suis entré au Séminaire des Carmes. Les études théologiques m’ont aidé à penser le rapport reliant raison et foi - ce qui est déterminant lorsque l’on vient d’études scientifiques, pour se préparer au ministère de prêtre, qui engage à annoncer la foi dans la culture contemporaine.

Pendant mes années de séminaire, j’ai découvert le goût pour l’écriture Sainte. Lorsque je suis devenu prêtre du Diocèse de Sens, mon évêque, ainsi que le doyen de la Faculté de Théologie de l’ICP, Mgr Doré, ont encouragé la préparation d’un doctorat en Théologie biblique. Pour préparer ma thèse, j’ai étudié à Francfort, puis à Jérusalem, à l’École biblique. J’ai soutenu ma thèse en 1995.

Pour prendre une image, j’ai exercé mon ministère de prêtre sur "deux pieds" ; l’un au service du diocèse, l’autre à l’Institut Catholique de Paris. J’y ai assuré de nombreuses missions de direction avant de devenir Vice-Recteur à la Recherche. Simultanément, j’ai eu des responsabilités extérieures, dont ma participation de 2001 à 2014, à la Commission biblique pontificale à Rome (j’ai été nommé par le Pape Jean-Paul II). Cette mission de conseil de l’Église Catholique en matière biblique fut d’abord assurée sous la direction du Cardinal Ratzinger (futur pape Benoit XVI). J’ai participé à la rédaction de deux documents : "Bible et morale. Quels critères pour discerner ?" et "Inspiration et Vérité de l’Écriture sainte. La parole qui vient de Dieu et parle de Dieu pour sauver le monde" dont j’ai assuré la traduction en français.