
L’institut d’Etudes Médiévales profite de l’occasion du VIIème centenaire du concile de Vienne pour axer son séminaire annuel de recherche sur ce thème. Si certains aspects doctrinaux ont été abordés au cours de ce concile, comme la question de l’ordre des Frères mineurs, le rappel de la thèse de l’âme, forme du corps, les dispositions sur l’enseignement des langues orientales et le statut des béguines, l’histoire a surtout retenu du concile la fameuse condamnation de l’ordre des Templiers.
Le séminaire donnera sa place au procès et à la condamnation de l’ordre du Temple. Il cherchera cependant également à explorer les voies qui ont moins retenu l’attention des historiens.
Les séances se dérouleront les lundis de 17h00 à 20h00 dans les locaux de l’Institut Catholique de Paris, 21, rue d’Assas 75006 Paris aux dates suivantes: 5 décembre, 9 janvier, 2 février, 12 mars, 16 avril, 14 mai.
Qu’est-ce qu’un concile ? Le déroulement du concile de Vienne
Bernard Meunier, Institut des Sources Chrétiennes, Lyon : "Qu'est-ce qu'un concile ? Le legs de l'Antiquité".
L’Antiquité est la période où apparaît, et assez vite se fixe dans ses grandes lignes, l’institution appelée concile. Cet exposé d’introduction a pour but, d’une part de rappeler le contexte de l’invention des conciles en général et des conciles œcuméniques en particulier, d’autre part de mettre en évidence la prise de conscience progressive de ce qu’est un concile œcuménique, de ce qu’il signifie pour la tradition, et des nouveaux réflexes qu’il induit dans le travail théologique. On pourra alors se demander quelle continuité peut être perçue, d’un point de vue historique et théologique, lorsque les conciles deviennent essentiellement occidentaux et sont convoqués par le pape.
Emmanuel Petit, Faculté Notre-Dame de Paris, Collège des Bernardins : "Du Concile de Vienne aux Décrétales de Clément V".
Si nous connaissons bien le déroulement du Concile de Vienne, nous connaissons moins bien, en revanche, les actes du Concile. Ils ont été détruits, peut-être volontairement, et nous sont parvenus indirectement par le recueil des Décrétales de Clément V, insérées dans le Corpus Iuris Canonici sous le nom de Clémentines. Nous nous intéresserons particulièrement à la décrétale « Quoniam » (Clem 3, 17, 1) par laquelle Clément V abroge la fameuse décrétale « Clericis laicos » de Boniface VIII, très contestée par le pouvoir royal français. « Quoniam » est typique du contexte conciliaire : historique, avec la remise en cause du pontificat de Boniface VIII, juridique, avec la redécouverte du droit romain, et ecclésiologique, avec l’affirmation du pouvoir papal. Attribuée au Concile de Vienne, comme bien d’autres décrétales, on sait qu’elle émane du pape lui-même. Or, si la décrétale est aujourd’hui abrogée, elle a connu une grande postérité. A travers la glose de Jean d’André, elle est à l’origine d’une des plus fameuses institutions canoniques : la sanatio in radice des mariages.
Les Templiers
Alain Demurger, historien médiéviste, auteur de nombreux ouvrages sur les Templiers : "Les Templiers et le Concile de Vienne".
Les canons Vox in excelso (mars 1312) et Ad Providam (mai 1312) promulgués lors du concile de Vienne par le pape Clément V, mettent un point final à « l’Affaire des Templiers » commencée en 1307 : l’ordre du Temple est supprimé sans être condamné ; ses biens sont attribués à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui viennent de s’installer dans l’île de Rhodes. Le concile de Vienne a traité d’autres questions (la croisade, la mission) mais il avait été convoqué d’abord pour régler l’affaire du Temple. A ce titre il représente la phase finale d’une procédure commencée par le pape Clément V en 1308 pour remettre dans le giron de l’Eglise une affaire initiée, au mépris de tout droit, par le roi de France Philippe le Bel en 1307.
Traiter des « Templiers et du concile de Vienne » implique donc d’évoquer aussi ces procédures pontificales engagées contre les Templiers en tant que personne et contre le Temple en tant qu’ordre.
Simonetta Cerrini, historienne, auteur de La Révolution des Templiers, Paris, 2007 : "La Révolution des Templiers. Une histoire perdue du XIIe siècle".
Qui n’a jamais entendu parler des chevaliers du Temple, de leur fin tragique et de leur trésor fabuleux ? Pourtant, l’histoire de leur naissance et de leurs idéaux ne sont pas connus. Le voyage à travers la règle du Temple et d’autres textes fondateurs nous révèle un Templier inédit et surprenant : chevalier « anti- héroïque » et frère « anti-ascétique », le Templier revendique sa laïcité juste au moment où l’Église latine vient de réserver aux clercs le monopole du sacré. Le rêve révolutionnaire des premiers Templiers comporte l’ouverture des « pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » au monde des travailleurs et aux femmes, la diffusion de la culture religieuse en langue vulgaire, le partage de pratiques religieuses avec les chrétiens d’Orient et les musulmans. Ce qui leur vaut l’éloge du célèbre émir de Chayzar, Ousama, qui définit « ses amis les Templiers » « des gens plus éclairées que d’autres » qui savaient « reconnaître les croyants » de n’importe quelle foi.
Sacerdoce et Empire. Philippe Le Bel et Clément V
Jean Chélini, historien médiéviste, ancien professeur à l'Université d'Aix-Marseille, auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'Eglise médiévale : "Philippe le Bel et Clément V : de l'affrontement à la complicité".
L'affrontement entre Philippe le Bel et Boniface VIII constitue l'un des épisodes de la lutte entre le Sacerdoce et l'Empire, inaugurée entre l'empereur d'Allemagne, Henri IV et Grégoire VII. Il avait abouti à la défaite et à la mort du pape en exil au XI° siècle. Le destin de Boniface VIII fut aussi tragique, puisque brutalisé par l'envoyé de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret, il était mort à Rome quelques jours après l'attentat d'Anagni. Les relations entre son successeur Clément V et le roi de France, si elles ne furent pas idylliques, ne prirent pas cette tournure tragique, le nouveau pape élu à Pérouse en 1305 était d'un naturel plus conciliant que son prédécesseur. Il réussit à sauver le mémoire de Boniface VIII que Philippe le Bel voulait faire condamner. Par la bulle Vox in excelsis, il supprima l’ordre des Templiers sans le juger ni le condamner et attribua ses biens aux Hospitaliers. S’il ne put relancer la croisade, il créa des chaires de langues orientales dans toutes les universités et fit compiler un recueil juridique les Clémentines, qui se range dans la collection des Décrétales. Toute sa vie, il souffrit d’un cancer de l’estomac dont il mourut en avril 1314, laissant une mémoire contrastée.
Gianluca Briguglia,"Marie Curie Fellow” de l’Union Européenne à l’EHESS : "Juridiction, causalité politique et ecclésiologies en action. Les temps du concile de Vienne et la pensée politique".
Le séminaire étudiera certaines idées politiques et ecclésiologiques des années du concile de Vienne. En particulier on verra les mutations de la notion de « iurisdictio » (avec Hervé de Nedellec) et certains éléments du débat ecclésiologique sur le pouvoir des évêques, du pape, des curés, qui associe, en outre, et avec positions très differentes, Jean de Pouilly, Pierre de la Palu et Hervé de Nedellec.
Béguards et Mystiques au Moyen-Âge
André Vauchez, Historien médiéviste, Membre de l'Institut : "Visionnaires et prophètes en France du XIIIe au XVe siècle".
A partir de la fin du XIIIe siècle, le processus d'institutionnalisation de l'Eglise, devenue une monarchie administrative très lourde au service d'une papauté qui tend à assumer la direction effective de la chrétienté, atteint un tel développement qu'il suscite en retour des expériences visionnaires, tant chez certains clercs que chez les laïcs qui se prennent à rêver d'une Eglise humble et pauvre. Avec les crises qui déchirent l'ordre franciscain et amènent une partie de ce dernier à entrer en conflit avec le pape d'Avignon Jean XXII, la tendance à interpréter les évènements en termes eschatologiques et apocalyptiques ne fait que se développer. Au temps du Grand Schisme (1378-1417) et jusqu'à la fin du XVe siècle, le courant contestataire s'exprime de plus en plus à travers des prophéties qui attribuent au roi de France la charge de réformer l'Eglise à l'approche d'une fin des temps qu'on estimait très proche.
Sylvain Piron, maître de conférences à l'EHESS : "Béguins du Nord et béguins du Midi".
Le Concile de Vienne marque un tournant répressif à l'égard de formes religieuses laïques qui avaient été relativement tolérées jusque là. Sous le même nom, la répression a visé deux courants indépendants l'un de l'autre, qu'il n'est pas inutile de saisir d'un seul tenant. Le Concile réagissait en premier lieu à la condamnation et l'exécution à Paris, en 1310, de Marguerite Porete, béguine de Valenciennes ; l'archevêque de Cologne apportait d'autres exemples de théologies vernaculaires qui l'inquiétaient ; la mise en série de ces cas est à l'origine de deux décrets conciliaires. A la même date, les Spirituels franciscains du Midi faisaient appel des persécutions qu'ils subissaient de la part de leurs supérieurs. Si le Concile fut plutôt bienveillant à leur égard, quelques années plus tard, ils furent soumis à une féroce répression, et près d'une centaine de leurs partisans laïcs périrent sur le bûcher. Dans les deux cas, des condamnations doctrinales dont la source était bien localisée jetaient la suspicion sur un mode de vie laïc plus largement répandu.
Raymond Lulle et les collèges de langues
Coralba Colomba, Albert Lüdwigs Universität, Freiburg im Breisgau : "Ramon Llull at the Council of Vienne (1311): the last anti-Averroistic fight for the demonstrability of the faith".
The anti-Averroistic position, proposed by Ramon Llull at the Council of Vienne as one of the pivotal issues of his missionary program (Petitio Raymundi in concilio generali ad acquirendam Terram Sanctam), was aimed at confuting the doctrine of the double truth (which distinguishes the truth of faith from the truth of reason) and its consequent separation between theology and philosophy. In my presentation, I intend to examine the reasons for and the structure of Llull’s anti-Averroism whose objective was to defend the demonstrability of faith and thus the essence itself of his new Art: si fides catholica secundum modum intelligendi est improbabilis, impossibile est, quod sit vera (Vita coaetanea).
Carla Compagno, Albert Lüdwigs Universität, Freiburg im Breisgau : "Missionary intent in Ramon Llull's proposals at the Council of Vienne".
At the Council of Vienne (1331-1312) the Catalan philosopher and theologian Ramon Llull presents his proposals both for the reformation of the Church and especially for the achievement of the conversion of the infideles (Jews and Moslems) to Christianity. To carry out the second point Llull suggests the necessity not only of an armed crusade but also the need of using rational arguments in order to convert the unfaithful peoples. With regard to this, Llull states that the Christian missionaries have to learn the "linguas infidelium
L'âme forme du corps et pauvreté de l'âme humaine.
Alain De Libera, directeur de l'Institut d'Etudes Médiévales, Professeur à l'EPHE et à l'Université de Genève : "l'union de l'âme et du corps : de Vienne à Latran V".
Andrea Robiglio, Professeur à K.U. Leuven : "Pauvreté d’esprit et noblesse d’âme. Remarques sur Pierre de Jean Olivi, Marguerite Porete, et le concile de Vienne".
Le thème de la pauvreté du Christ ainsi que celui de l'âme humaine s'entrecroisent dans les débats du concile de Vienne. En étudiant les écrits de deux auteurs persécutés (Olivi et MagueritePorete) on essaiera de mieux comprendre le lien, étroit à cette époque, entre l'anthropologie philosophique, d'une part, et certains aspects de l'ecclésiologie médiévale de l'autre. Plus généralement, on tâchera d’interpréter ces textes sur l'arrière-plan de l'épistémologie théologique et de ses changements entre les 13ème et 14ème siècles.
Lieu : Institut Catholique de Paris. 21, rue d'Assas 75006 Paris
Entrée libre, sans inscription préalable.
Contact : 01 44 39 60 36
Télécharger le programme : Programme séminaire IEM concile de Vienne (696,54 kB)