Bienvenue sur le site de l'ICP

Accès direct

Newsletter ICP

Lire les archives

Soutenez l'ICP

Institut d'Etudes Médiévales : Journées d'Etudes 2011-2012

Deux prochaines journées d'études de l'IEM : la liturgie médiévale le 11 mai et Pierre Lombard le 30 mai 2012

Pour une information détaillée de chacune de nos journées d'études, cliquez sur les liens ci-dessous :

Liturgie, pensée théologique et mentalités religieuses au haut Moyen Âge

Pierre Lombard en ses Traditions

Nicolas de Cues

Journée d'études "Liturgie, pensée théologique et mentalités religieuses au haut Moyen Âge. Le témoignage des sources liturgiques".

11 mai 2012 de 9h00 à 17h00

Lieu : Institut Catholique de Paris, salle B 03.

Journée co-organisée par l'Institut d'Etudes Médiévales et l'Institut Supérieur de Liturgie de l'Institut Catholique de Paris.

En partenariat avec la Mairie de Paris et "Terre Entière".

L’objectif de la journée sera de présenter l’intérêt d’étudier et de prendre en compte les sources liturgiques médiévales pour l’étude des mentalités religieuses : la journée proposera une lecture théologique de textes, en même temps que leur rapport constant avec les mentalités et les pratiques religieuses.

La journée d'études se limite principalement aux VIIIe-IXe siècles, en raison de la richesse de la période et de sa relative cohérence. Après une conférence présentant en synthèse l'apport des sources liturgiques pour l'historien et le philosophe du Moyen Age, cinq dossiers permettront concrètement de saisir la corrélation entre la prière liturgique et l'univers intellectuel et spirituel de cette époque.

Programme

9h00 Accueil

9h30 Ouverture et position de la problématique : Hélène Bricout

9h45-10h35 Martin Klöckener, Université de Fribourg, Suisse : "L'importance des sources liturgiques pour la connaissance de la pensée et des mentalités médiévales".

10h35-11h25 Isaïa Gazzola, Institut Catholique de Paris : "Comment célébrer : l’Ordo Romanus I et ses transformations en pays francs".

11h25-11h45 Pause

11h45-12h35 Michaël Driscoll, Université Notre-Dame du Lac (USA) : "Comment prier ? L’euchologie dans les sacramentaires romains et romano-francs".

12h35 Déjeuner

14h00-14h50 Hélène Bricout, Institut Catholique de Paris : "Expliquer les rites de la messe : l’apport d’Amalaire de Metz".

14h50-15h40 Arnold Angenendt, Université de Münster en Westphalie : "L'eucharistie comme sacrifice non-sanglant et sanglant. La discussion au haut Moyen Age".

15h40-16h00 Pause.

16h00-16h50 Christophe Lazowski, Institut Catholique de Paris : "La 'mise en scène' d'une théologie eucharistique : la procession anglo-normande des Rameaux à l'époque de Lanfranc".

16h50 Conclusions. Martin Klöckener.

Argumentaire des interventions

Martin Klöckener, Université de Fribourg, Suisse : L’importance des sources liturgiques pour la connaissance de la pensée et des mentalités médiévales

L’intérêt de cette conférence est de montrer, en forme de synthèse, de quelle manière les sources liturgiques reflètent la pensée et les mentalités du haut moyen âge. D’une part, cette époque poursuit les traces de la liturgie romaine introduites dans les pays francs par la romanisation sous les carolingiens ; d’autre part, elle voit la naissance de nouveaux types de sources liturgiques (p.ex. graduel, pontifical) et des compléments aux sources existantes qui leur donnent un nouveau visage (p.ex. les sacramentaires). Ainsi, les sources liturgiques sont le miroir de nouvelles orientations qui n’impliquent pas seulement la liturgie, mais aussi la théologie, la vie ecclésiastique, la culture et la pensée du haut moyen âge en général.

Isaïa Gazzola, Institut Catholique de Paris : Comment célébrer : l’Ordo Romanus I et ses transformations en pays francs.

Quelle théologie de la messe et de la célébration peut-on observer dans l’Ordo Romanus I, un document témoignant de la célébration de la messe romaine au VIIIe siècle ? En quoi les transformations reçues en pays francs manifestent-elles ou provoquent-elles une compréhension différente de l’eucharistie ? Quels changements de la pratique liturgique sont le résultat d’autres circonstances des célébrations mais aussi d’une autre mentalité des pays au nord des Alpes ?

Michaël Driscoll, Université Notre-Dame du Lac (USA) : Comment prier ? L’euchologie dans les sacramentaires romains et romano-francs.

Il s’agira de mettre en évidence les traits caractéristiques de la théologie de l’eucharistie dans les textes, en s'appuyant sur la tradition romaine mais également en s'intéressant à des ajouts des pays francs. Les collectes, les apologies et l'évolution des textes permettront ainsi d'étudier l'évolution de la théologie et de la liturgie, et souligneront les points communs entre les liturgies romaine et romano-franque et les différences significatives.

Hélène Bricout, Institut Catholique de Paris : Expliquer les rites de la messe : l’apport d’Amalaire de Metz.

A partir de documents liturgiques, Amalaire commente les rites de la messe en déployant une méthode qui le caractérise et qu’il transmet à la postérité : l’allégorie. En recherchant les sources de la méthode d’Amalaire, on essaiera de montrer quelles transformations ce type de commentaire a fait subir à la théologie de l’eucharistie.

Arnold Angenendt, Université de Münster en Westphalie, Allemagne : L'eucharistie comme sacrifice non-sanglant et sanglant. La discussion au haut moyen âge.

Le sacrifice non-sanglant, essentiel à la compréhension chrétienne du sacrifice, appartient au vocabulaire biblique comme au vocabulaire liturgique de l'Occident des premiers siècles. Ce concept théologique est remplacé, dans le haut Moyen Age, par une sensibilité réaliste au caractère sacrificiel de l'eucharistie, dans laquelle les miracles du sang eucharistique jouent un rôle important, témoignant d'une nouvelle mentalité religieuse, que la catégorie scolastique de "transsubstantiation" essaiera de corriger.

Christophe Lazowski, Institut Catholique de Paris : La 'mise en scène' d'une théologie eucharistique : la procession anglo-normande des Rameaux à l'époque de Lanfranc.

La procession des Rameaux, dite "du corps-saint", propre aux liturgies anglo-normandes, montre comment une théologie particulière, en l'occurence la théologie eucharistique de Lanfranc, est traduite, et même mise en scène, par un rite. Outre qu'elle révèle une certaine compréhension et utilisation de la liturgie, l'étude de ce rite met en évidence un rapport complexe entre la théologie, les mentalités populaires et les rites.

Institut Catholique de Paris

21, rue d'Assas 75006 Paris.

Contact : courriel.

Télécharger le programme : programme journée IEM liturgie mai 2012 (1,08 MB)

Journée d'études : Pierre Lombard en ses Traditions

30 mai 2012 de 9h00 à 17h30.

Lieu : Institut Catholique de Paris, salle A 40.

Pierre Lombard (vers 1095-1160) est l’auteur de l’ouvrage intitulé Les Quatre Livres de Sentences qui s’est progressivement imposé comme le manuel de référence en théologie dans les universités européennes. A partir du milieu du XIIIème siècle, la production d’un commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard est requise pour l’obtention du grade de Maître à l’université de Paris. Il est commenté par la plupart des grands docteurs de l’Eglise, notamment Albert le Grand, Bonaventure et Thomas d’Aquin.

Faisant suite à la réflexion menée lors de la dernière journée d’études en 2011, cette nouvelle journée a pour but de souligner la diversité de la réception de cet ouvrage notamment chez les trois commentateurs cités. Elle se veut également un lieu de dialogue sur la perspective des commentaires de Pierre Lombard entre deux groupes de recherche : le GRPL, dirigé par Gilles Berceville, et le Groupe de Recherche « Aquinas and the ‘Arabs’ », dirigé par Richard Taylor. Le GRPL présentera la toute nouvelle traduction en français de l’ouvrage de Pierre Lombard par Marc Ozilou qui constitue un événement majeur pour la théologie médiévale. Le Groupe de Recherche « Aquinas and the ‘Arabs’ » s’intéressera plus particulièrement à la question des sources des Commentaires des Sentences, et en particulier, celui de Thomas d’Aquin.

Programme

Matinée : travaux du Groupe de Recherche Pierre Lombard/IEM

9h00-9h15 : Accueil

9h15-9h30 : Gilles Berceville, Institut Catholique de Paris, Commission Léonine : Présentation du Groupe de Recherche Pierre Lombard de l’IEM.

9h30-10h00 : Marc Ozilou : « Au centre de la théologie médiévale : les Sentences de Pierre Lombard ».

10h00-10h30 : Gilles Berceville : « La traduction du livre des Sentences ». Réponse de Marc Ozilou.

10h30-11h00 : pause

11h00-11h45 : Isabelle Moulin, Institut Catholique de Paris/Faculté Notre-Dame de Paris : « La définition du sacrement comme signe chez Albert le Grand dans sa lecture de Pierre Lombard ».

11h45-12h45 : Therese-Anne Druart, Catholic University of America (USA) : « Les miracles dans les traditions islamiques et latines médiévales. Etude comparée de l'épisode de Moïse et des magiciens chez al-Ghazâli et Bonaventure (II Sent. d. 18) ».

12h45-14h30 : Déjeuner

Après-midi : travaux du Groupe de Recherche : « Aquinas and the ‘Arabs’ ».

14h30-15h00 : Richard Taylor, Marquette University (USA) : Présentation du projet du Groupe « Aquinas and the ‘Arabs’».

15h00-16h00 : Therese Cory, Seattle University (USA) : “The Footprint of Avicenna's Flying Man in the Early Aquinas”

16h00-16h30 : pause

16h30-17h30 : Katja Krause, King's College London : “Beatitude in Aquinas’s Commentary on the Sentences”.

Pour connaître les manifestations du Groupe de Recherche "Aquinas and the 'Arabs'", cliquez ici.

Télécharger le programme : IEM journée d'études Pierre Lombard 30 mai 2012 (4,16 MB)

Journée d'études : "Participation et Vision de Dieu chez Nicolas de Cues"

20 janvier 2012 de 9h00 à 18h00.

Lieu : Institut Catholique de Paris, salle B 03.

Nicolas de Cues (1401-1464) marque la fin du Moyen-Âge et ouvre sur la Renaissance. Influencé par Maître Eckhart et un certain néoplatonisme, il propose cependant des thèses très novatrices, que ce soit dans le domaine scientifique ou plus théologique, comme le suggèrent ses ouvrages De la docte ignorance, le De visione Dei, ou encore le De possest.

En France, il fait actuellement l'objet de nombreuses traductions qui permettent d'ouvrir l'oeuvre du Cusain à un public plus large.

Une journée d'études sur Nicolas de Cues répond ainsi à la vocation profonde de l'Institut d'Etudes Médiévales de considérer le Moyen-Âge dans sa période longue et permet également d'ouvrir quelques perspectives sur la modernité.

Le thème retenu est celui de la "participation et de la vision de Dieu". Pour Nicolas de Cues, la participation ne doit pas s'entendre du seul point de vue de la verticalité, mais également de l'horizontalité, permettant ainsi d'ouvrir une voie originale de l'union à Dieu, dans une identité qui se fait conjonction d'opposés.

On étudiera ainsi les conséquences logiques et théologiques d'une telle position, leur impact sur une certaine "modernité, la dimension christologique d'une théologie philosophique dans laquelle le regard ou la vision constitue une voie d'accès privilégiée au rapport "horizontal-vertical" de l'homme à Dieu.

Programme :

9h00 : Accueil

9h15-10h00 : Hervé Pasqua, Institut Catholique de Rennes : Le statut méontologique de la créature comme reflet de l'Un, selon le Dialogus de genesi, opuscule de 1447

10h00-10h45 : Vincent Giraud, Université de Kyoto : La question des signes dans le Compendium de Nicolas de Cues

10h45-11h00 : pause

11h00-11h45 : Simon Oliver, University of Nottingham : Christ, Decent and Participation

11h45-12h30 : Jean-Claude Lagarrigue : "la Vision du Crucifié" chez le Cusain

12h30 : déjeuner

14h30-15h15 : Jean-Michel Counet, Université Catholique de Louvain : Le tableau comme phénomène

15h15-16h00 : Emmanuel Falque, Institut Catholique de Paris : Voir et être vu : le De Icona de Nicolas de Cues

16h00-16h15 : pause

16h15-17h00 : Christian Trottmann, CNRS : Le clin d'oeil de Léonard à Nicolas : Vision, participation et eschatologie

17h00-17h45 : John Milbank, University of Nottingham : Mathesis as Methexis: Nicholas of Cusa's post-nominalist realism

Argumentaire des intervenants

Hervé Pasqua : Le statut méontologique de la créature comme reflet de l'Un, selon le Dialogus de genesi, opuscule de 1447

Après l'année 1440, date à laquelle Nicolas de Cues achève le De docta ignorantia, bientôt suvi du De conieturis, il écrit une série d'opuscules qui témoignent d'une pensée qui ne cesse de s'approfondir. Parmi eux, le Dialogus de genesi, terminé le 2 mars 1447 à Liège. Il traite de la création à partir de sa doctrine de Dieu conçu comme "identité absolue". Tout le dialoque est une réponse à la question : "comment l'identique peut être la cause de toutes les choses qui sont différentes et opposées?" La réponse de Nicolas est que
par nature l'identique produit de l'identique et que, dès lors, la genèse du multiple ne peut être qu'un acte d'identification et d'assimilation de la part de l'Identique absolu. Les choses ne sont pas ce qu'elles sont en vertu d'un acte d'être propre, mais en fonction de ce qui les identifie,c'est-à-dire de ce qui fait qu'elles sont ce qu'elles sont et de la manière dont elles sont.

Vincent Giraud : La question des signes dans le Compendium de Nicolas de Cues

Dans son Compendium (1464), l’un de ses derniers écrits, Nicolas de Cues développe une vaste réflexion sur le signe. Ce faisant, il s’inscrit consciemment dans une tradition qu’on peut faire remonter à saint Augustin qui, dans le De magistro et le De doctrina christiana, avait jeté les bases de la conception médiévale du signe. La pensée cusaine, cependant, n’aborde le signe à partir d’aucun des deux angles qu’avait privilégiés l’évêque d’Hippone (le langage, l’herméneutique scripturaire) ; pas davantage ne se laisse-t-elle ramener aux conceptions développées par Bacon ou Ockham – tout en retenant d’eux la notion de « signes intellectuels ». Reprise dans le contexte d’une pensée de la connaissance comme conjecture, le concept de signum devient pour Nicolas de Cues le moyen de nommer le lien intime qui, à travers le créé, unit l’homme à Dieu. Mais s’il devait s’avérer que l’homme est ce lien même, et le lieu de cette union, il faudra alors le dire à son tour non plus seulement « image », mais bien « signe ». Il apparaîtra que la pensée cusaine du signe n’est ainsi nullement sans conséquences pour une pensée de l’homme.

Oliver Simon : Christ, Decent and Participation

This paper will examine Nicholas of Cusa’s doctrine of creation in relation to his Christology with particular reference to De Dato Patris Luminum and the theme of gift. Through the concepts of ‘contraction’ and ‘descent’, I will examine Cusa’s distinctive teaching that the Word ‘enfolds’ creation, and creation ‘unfolds’ the Word in order to argue that Cusa follows, but extends, the important metaphysical framework of Thomas Aquinas.

Jean-Claude Lagarrigue : "la Vision du Crucifié" chez le Cusain

La méditation cusaine de la Croix repose sur un échange de regards, car la vision tournée vers le Christ supplicié rencontre le regard douloureux de celui-ci, tourné vers nous. Ainsi s'instaure une certaine manière de partager moralement la souffrance de la mort. Mais Cues considère que la souffrance du Christ est tellement cruelle qu'elle va jusqu'à la souffrance des damnés. Cette thèse originale, mais pas complètement neuve (cf saint Bernard et saint Bonaventure), réapparaît dans leQuintuple Psautier de Lefèvre d'Etaples, qui se demande avec le chartreux Pierre Marnef de Leyde si la thèse de Cues, expressément citée à de nombreuses reprises, ne fusionnerait pas tout bonnement la Crucifixion et la descente aux enfers. Ecartée par Lefèvre, cette manière, aussi curieuse que profonde, de réunir le Vendredi et le Samedi saint finit par s'imposer chez Calvin.

Jean-Michel Counet : Le tableau comme phénomène

Dans le De Visione Dei, Nicolas introduit les moines de Tegernsee à la théologie mystique avec le fameux tableau de l'omnivoyant, portrait qui a la particularité de regarder tous ceux qui le regardent quelle que soit leur orientation par rapport au tableau. Les spectateurs sont amenés à prendre conscience, par le dialogue, du fait qu'ils font tous la même expérience. Cela n'est possible que si le sujet percevant contribue activement à la constitution de l'objet vu. Or Husserl, avec sa réduction phénoménologique, entend lui aussi passer de la conscience naïve des objets à la conscience transcendantale, où le phénomène ne peut plus être séparé de la conscience qui le perçoit et le constitue. La présente communication entend étudier l'expérience de l'omnivoyant à la lumière de la réduction phénoménologique : avec l'omnivoyant, Nicolas de Cues n'a-t-il pas proposé à la méditation des moines, le phénomène pur de la vision? Il s'agira également de montrer que pour être saisi dans sa totalité, le phénomène de la vision doit être examiné dans toute son ampleur mais aussi dans toute son intensité. La mystique, dans cette perspective, pourrait être comprise comme un processus d'intensification du voir et du regard, culminant dans la vision de Dieu, qui serait ainsi présupposée par l'expérience la plus commune de toute vision, à titre de condition de possibilité de celle-ci.

Christian Trottmann, CNRS : Le clin d'oeil de Léonard à Nicolas : Vision, participation et eschatologie

La pensée de Nicolas de Cues a évolué au fil de ses expériences et de ses oeuvres, le De venatione sapientiae en témoigne, qui propose une sorte de récapitulation finale des principaux paradigmes qu'on y retrouve. L'on pourrait toutefois s'interroger sur la cohérence finale de sa théorie de la connaissance voire de sa métaphysique : le De Icona n'invite-t-il pas à un dépassement dans l'infini des conditions imparfaites de la connaissance humaine que le De conjecturis semblait enfermer dans les limites imposées à la créature par sa participation à la lumière divine ? Une note de Léonard de Vinci sur l'optique et ses deux triangles semble pouvoir se rapporter au schéma P du de Conjecturis. Elle permet d'éclairer rétrospectivement ce que ce schéma doit aux théories de la vision à la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance. Mais cette lecture éclaire aussi la conception cusaine de la participation : il s'agit d'une métaphysique de la lumière : physique, mais aussi intellectuelle qui aboutit dans le schéma U à des hiérarchies dans l'esprit de Denys. Toutefois les deux schèmes laissent persister des zônes d'ombres : une altérité qui semble irréductible. Mais l'est-elle à jamais ? La connaissance humaine s'en trouve-t-elle indéfiniment confinée à des conjectures ? La coïncidence des opposés ne propose-t-elle pas dès la docte ignorance et plus spécialement dans le De Icona une méthode de réduction de l'altérité ? Or celle-ci ne s'opère qu'à l'infini en Dieu et ne sera donc parfaite que dans son triomphe eschatologique. Faute de reconnaître dans le schéma P l'étoile de la rédemption, on est en effet condamné à n'y voir qu'une métaphysique néoplatonicienne de la participation qui laisse inassimilable un petit reste d'altérité radicale, ténèbres boueuses qui résistent à la lumière et à son avancée. Si au contraire, cette interpénétration des triangles de la lumière et de l'altérité est pensée comme la dynamique d'une progression vers un accomplissement eschatologique, tout ce qui participe de la lumière de l'Un est appelé à s'y retrouver définitivement tandis que le reste éventuel d'altérité ténébreuse sera aussi définitivement forclos.

Emmanuel Falque : Voir et être vu : le De Icona de Nicolas de Cues

Partant de la vision d'un tableau de Roger de la Pasture, Nicolas de Cues imagine une sorte de chorégraphie autour d'un centre, unique dans toute l'histoire de la philosophie. Loin de se contenter de voir Dieu et d'être vu par lui, c'est l'ensemble de la communauté qui se trouve ici constituée. A la verticalité du rapport de l'homme à Dieu, prend le relais chez le Cusain un nouveau rapport d'horizontalité des hommes entre eux. En ce tout début de la Renaissance, aucune transcendance n'est plus envisageable sans une certaine forme d'immanence, qui a aussi de quoi nous enseigner pour aujourd'hui.

John Milbank : Mathesis as Methexis: Nicholas of Cusa's post-nominalist realism

Nicholas of Cusa can plausibly be read both as the last of the ancients and the first of the moderns. But if he were merely a transitional figure, one would retrospectively suspect his thought of a certain incoherence, as Hans Blumenberg concluded. Alternatively, if one argues that his thought is in fact coherent, then he still presents us with the possibility of an 'alternative modernity' more in continuity with ancient roots. By examining his ontology as developed in the De Coniecturis, I argue for the latter possibility. Cusa should be read as re-instating a Christian Platonic metaphysics of participation in response to Scotist and nominalist critiques which he both takes seriously and yet ultimately rejects. These critiques, by denying participation, sundered the realm of divine absolute power and absolute transcendence from the realms of created and human power, now seen as themselves more open to flux and possibility. Nicholas restores participation in a new fashion by re-conceiving our vertical sharing in God as also the sharing of the development of created and human horizontal power in the infinite horizontal power of the Trinity. In this way the vertical ascent of the human soul to God is newly routed through processes of the organic unfolding of life and historical cultural construction. Our participation accordingly becomes a 'conjecture', while inversely our knowing of other things besides God is newly stressed to be also 'participatory'. In consequence of this new stress upon horizontal as well as vertical participation, the Trinitarian aspect of Christian ontology is enhanced: participation is no longer only in the divine being, but equally in the divine life (Spirit) and in the divine art (Logos). As for the post-nominalist inflation of both divine and human power, this is reworked by Cusa in terms of a mystery of infinite pure identity as being equally the coincidence of opposites in a way exceeds all normal logical comprehension. Yet given the way in which mathematics can deconstruct every finite boundary into infinitude, it is possible for Cusa to reinstate the notion of finite participation in even this mystery. This reinstatement is not the embrace of dialectics but a reworking of analogy by admitting, with the nominalists, that it violates the law of identity, and yet arguing (in the long-term wake of Proclus who is in any case a crucial source of the analogia entis) that such violation is metaphysically justifiable.

Contact
Partenaires
Site réalisé par Ecedi