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Colloque international 2011de l'IEM

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18 et 19 novembre 2011 : Le Beau et la Beauté au Moyen-Âge

Le colloque s’intéressera tout particulièrement à la question de l’esthétique médiévale, à son existence, à son statut dans les différentes traditions.

Dans la ligne de la pensée grecque sur le « bel et bien » (kalos kagathos), les textes médiévaux abondent en réflexions sur la beauté intelligible. Mieux encore, la beauté apparaît comme l’une des voies d’accès au divin, ainsi que l’enseignent Augustin et Denys. Se pose alors la question du statut du transcendantal du Beau : le beau est-il un transcendantal, c’est-à-dire une propriété essentielle de l’être, au même titre que l’un, le vrai ou le bien ?

En revanche, la question du statut de la beauté sensible est plus problématique. Celle-ci est rarement valorisée pour elle-même et demeure plutôt comme une voie d’accès aux réalités supérieures. Par ailleurs, la question des beaux-arts ne semble pas posée au Moyen-Âge. La réflexion sur l’art renvoie tantôt aux arts libéraux, tantôt aux arts mécaniques, sans prendre en compte, dans une telle classification, le statut particulier des différentes formes de l’art : art pictural, poésie, musique, etc. réunis dans ce que les modernes appellent les « beaux-arts ».

C’est pourquoi il apparaît nécessaire de s’interroger sur la pratique comme sur la théorie des arts et de la beauté au Moyen Age. Existe-t-il une beauté sensible, ou bien celle-ci est-elle réservée à l’intelligible ? Peut-on parler d’une esthétique médiévale, comme expérience sensible sans concepts, ou bien la beauté passe-t-elle toujours par un jugement et appartient-elle au domaine de l’intelligible ?

Pour tenter de répondre à ces questions, ce colloque organise la rencontre entre des philosophes, des théologiens et des historiens de l’art.

 

Programme

Vendredi 18 novembre 2011

9h00 : ouverture.

9h15 : Olivier Boulnois, EPHE : "De l'esthétique médiévale : derechef, qu'elle n'existe pas".

10h00 : François Cassingena, ICP, Abbaye Saint Martin de Ligugé : "Speciosus forma : l'enluminure sonore des mots qui disent la beauté dans le répertoire romano-franc (grégorien)".

10h45 : pause

11h15 : Florian Meunier, musée Carnavalet, Paris : "La beauté monumentale. L'architecture et la sculpture à l'époque gothique".

12h00 : déjeuner

14h00 : Philippe Sers, Collège des Bernardins : "Beauté et vérité. L'expérience spirituelle dans l'icône byzantino-slave traditionnelle".

14h45 : Arina Kouznetsova, doctorante à Lyon III :"L'héritage de l'iconographie médiévale dans l'oeuvre de Dostoïevski"

15h30 : pause

16h00 : Stephen Headley, Archiprêtre, Séminaire Russe de Paris : "Le beau et le vrai chez Ephrem le Syrien".

16h45 : Grégoire Aslanoff, CNRS : "Sans beauté ni éclat (Is 53,2). L'image du Christ mort dans l'art byzantin".Samedi 19 novembre 2011

9h00 : accueil

9h15 : Anca Vasiliu, CNRS : "Comment parler du beau ? Un modèle érotique pour la beauté intelligible"

10h00 : Kristina Mitalaité, EPHE : "L’image peut-elle être belle ? L’image matérielle et la conception de la beauté chez les Carolingiens (fin VIIIe – début IXe siècle)".

10h45 : pause

11h15 : Dominique Alibert, Institut Catholique de Paris : "De terre et d'or, de bois et de lumière. Suger et la reconstruction de Saint-Denis".

12h00 : déjeuner

14h00 : Andreas Speer, Thomas-Institut der Universität zu Köln : "L'esthétique médiévale comme expérience de l'art. Les écrits de l'Abbé Suger à Saint-Denis".

14h45 : Dominique Poirel, IRHT-EPHE : "Dieu, la nature et l'homme : la place de la beauté dans l'oeuvre d'Hugues de Saint-Victor".

15h30 : pause

16h00 : Henryk Anzulewicz, Albertus-Magnus-Institut, Bonn : "Strukturelemente der neuplatonisch-dionysischen Theorie des Schönen Alberts des Grossen".

16h45 : Olivier-Thomas Venard, Ecole Bibique de Jérusalem : "Y a-t-il un "problème esthétique" chez saint Thomas d'Aquin ?"

17h30 : Félicité Schuler-Lagier, Centre international du Vitrail, Chartres : "Le langage symbolique des images médiévales de Chartres"

18h15 : cocktail

Argumentaire des intervenants

Olivier Boulnois : "De l'esthétique médiévale : derechef, qu'elle n'existe pas"

Si l’on entend par esthétique un sens universel donné au plaisir sensible pour lui-même, et sans concepts, il faut rejeter l’idée d’une esthétique médiévale, soutenue par quelques historiens jusqu’à Umberto Eco.

Les textes médiévaux abondent en réflexions sur la beauté intelligible, dans la ligne de la pensée grecque sur ce qui est bel et bien (kalos kagathos). Et le beau semble une voie d’accès au divin, ainsi que l’enseignent Augustin et Denys. Mais la beauté sensible est rarement valorisée pour elle-même, mais plutôt comme voie d’accès aux réalités supérieures. De même, la réflexion sur l’art renvoie tantôt aux arts libéraux, tantôt aux arts mécaniques, mais la classification ne laisse pas de place aux beaux-arts.

Pour soutenir cette thèse, j’examinerai les questions suivantes : le beau est-il un transcendantal, c’est-à-dire une propriété essentielle de l’être, au même titre que l’un, le vrai ou le bien ?

Existe-t-il une beauté sensible, ou bien celle-ci est-elle réservée à l’intelligible ?

La beauté est-elle toujours l’objet d’un jugement et appartient-elle au domaine de l’intelligible ?

Florian Meunier : "La beauté monumentale. L'architecture et la sculpture à l'époque gothique".

Les textes du Moyen Âge offrent très peu de commentaires permettant de connaître les critères définissant la beauté de l’architecture et de la sculpture, deux domaines classés alors dans le vaste champ des arts mécaniques.

Pour aborder cette question, on peut tenter de rapprocher les productions artistiques les plus marquantes du xiiie siècle de la pensée médiévale telle qu’elle s’organisait autour des arts libéraux, notamment la dialectique, la géométrie et l’arithmétique. Comment, ensuite, concilier cette approche avec l’histoire de l’art gothique telle qu’elle s’est constituée depuis le xixe siècle ? Les nouvelles recherches sur les arts de la fin du Moyen Âge rendent cette question plus délicate encore.

Philippe Sers : "Beauté et vérité. L'expérience spirituelle dans l'icône byzantino-slave traditionnelle"

Exposé avec projections.

L’image sainte n’est pas seulement une Bible des illettrés. Pour l’iconographe du Moyen-Âge, inspiré par la prière et par la tradition, sa beauté reste liée à sa fonction spirituelle, comme cela a pu être établi en particulier par le Père Pavel Florensky dans ses célèbres démonstrations sur les icônes de saint André Roublev.

Comment peut-on caractériser plus précisément ces fonctions ? En quoi l’image peut-elle constituer une mise en ordre signifiante du témoignage évangélique ? Comment est-elle même dans certains cas à le fruit d’une inventivité théologique jusque dans la modernité ? On réfléchira à ces questions à partir d’analyses d’images ou d’ensembles d’images.

Arina Kouznetsova : "L'héritage de l'iconographie médiévale dans l'oeuvre de Dostoïevski"

Dans la culture byzantine et encore plus dans la culture russe médiévale, l'idéal de la Beauté est inséparable de l'idéal de la sainteté, qui est considérée comme un principe constructif et actif, immédiatement lié à l'idée du "blagoobriazie" (l'image ou l'icône du Bien), appliqué aux humains et à l'organisation de l'univers tout entier), ce qui permet voir dans la Beauté non pas une catégorie esthétique, mais plutôt ontologique. La spécificité de la spiritualité russe par rapport à celle de l'Occident consiste en ce que l'expérience philosophique se réalise sous la forme de l'iconographie, c'est-à-dire, sous la forme visuelle de l'apparition du Beau qui serait inséparable du Vrai, ce qu'exigeait une extrême ascèse de l'expression. La Beauté aspire non pas à un élan enthousiaste et sentimental, mais au silence, " ἡσυχία (hesychia)", ainsi qu'au projet du Salut.

Stephen Headley : "Le beau et le vrai chez Ephrem le Syrien"

L'abîme séparant le Créateur du crée est franchi par l’Incarnation ; ainsi le domaine de l’intelligence est la création exprimée en syriaque par le mot"galyata", le révélé. La vérité ("shrara" ou "qushta") n’est saisie que partiellement et d’une manière subjective, lorsque le miroir de l'âme est assez pur pour recevoir la lumière de la Révélation de Dieu, belle en raison de sa vérité.

Grégoire Aslanoff : "Sans beauté ni éclat (Is LIII, 2). L'image du Christ mort dans l'art byzantin"

Le Musée byzantin de la ville de Kastoria (Grèce) conserve une icône double-face sur laquelle figure le Christ, homme de douleur. Ce type iconographique représentant le Christ mort debout dans son tombeau est intitulé "La grande humilité" dans le monde byzantin. L'analyse de cette oeuvre permet d'évoquer comment les Byzantins ont cherché à rendre le paradoxe de la "vie decendue au tombeau", pour reprendre une expression empruntée à une hymne liturgique de la semaine sainte.

Kristina Mitalaité : "L'image peut-elle être belle ? L'image matérielle et la conception de la beauté chez les Carolingiens (fin VIIIe-début IXe siècle)

L’image et sa vénération ont été une question largement débattue par les Carolingiens avec Rome et les Grecs. Les théologiens francs ont réfusé tout caractère sacré à l’image artificielle et à son culte. Les notions de pulchritudo, venustas et decus apparaissent le plus souvent dans la poésie carolingienne. Dans les traités provenant de la controverse sur l’image, elles sont surtout présentes dans les Libri Carolini. L’une des questions qui seront posées dans la communication est : « L’auteur des Libri perçoit-il l’image en tant que belle ou réserve-t-il la terminologie du beau à d’autres réalités ? ». Le programme théologique et iconographique In honorem sanctae crucis élaboré sous l’égide de Raban Maur reprend certains arguments des Libri. La seconde question à laquelle répondre sera : « comment les idées aniconiques peuvent-elles trouver leur place dans l’image réelle et quel rôle y joue la beauté ? »

Dominique Alibert : "De terre et d’or, de bois et de lumière, Suger et la reconstruction de Saint-Denis"

Pour tenter d’aller au-delà des évidences, on voudrait s’interroger sur l’économie du texte de Suger dans lequel il évoque la reconstruction de l’église abbatiale de Saint-Denis, le Traité de son administration abbatiale. La nature du texte, son but, ce qu’il nous apprend sur la vie d’un abbé du XIIe siècle nous semblent devoir être mis en relation avec la célèbre phrase, si souvent commentée, sur « l’ornement de la maison de Dieu. »

Andreas Speer : "L'esthétique médiévale comme expérience de l'art. Les écrits de l'Abbé Suger à Saint-Denis"

La question d’une esthétique médiévale a été tout particulièrement abordée au point d’intersection entre l’archéologie monumentale et l’approche des textes. Depuis ses origines, Suger reste au centre du débat. Notre relecture de ses écrits sur l’abbaye – l’Ordinatio, De consecratione et De administratione – offre un jugement nuancé. Ainsi, les travaux à Saint-Denis donnent un accès à l’expérience artistique (« Kunsterleben »), qui contraste avec la « Meistererzählung » de la naissance du gothique. L’argumentation présentée est fondée sur une approche de cette expérience artistique, qui n’essaie pas de reconstruire, à travers les sources écrites, ses propres conceptions déterminées par des questions esthétiques modernes. Il s’agit d’un accès aux textes qui prend en considération l’horizon de la compréhension médiévale, ce qui implique la prise en compte du contexte des hommes qui ont compris, à leur manière, les objets de leur époque que nous, nous définissons comme « œuvres d’art ».

Dominique Poirel : "Dieu, la nature et l'homme : la place de la beauté dans l'oeuvre d'Hugues de Saint-Victor"

Sans faire l'objet d'un ouvrage précis, la question du beau est omniprésente chez Hugues de Saint-Victor: beauté de la nature créée dans le De tribus diebus, beauté « formifique » de Dieu dans le commentaire sur la Hiérarchie céleste, beauté de la Vierge Marie dans un sermon pour l'Assomption, beauté du geste humain dans un traité sur la formation des novices, mais aussi beauté de l'écriture dans tous ses écrits, au point qu'Hugues est tenu pour un des meilleurs prosateurs de son temps... Après avoir recensé les lieux de la beauté dans son œuvre, on réunira les éléments d'une théologie hugonienne du beau et l'on exposera la place originale qu'elle accorde à la beauté sensible, présente dans l'univers ou produite par l'homme.

Henryk Anzulewicz : "Strukturelemente der neuplatonisch-dionysischen Theorie des Schönen Alberts des Grossen"

Einer der ersten und bedeutsamsten Beitrage zur Theorie des Schönen und der Schönheit aus der Zeit der Hochmittelalters stammt von Albertus Magnus (†1280). In seinem theologischem Lehrstück de pulchro im Kommentar zu De divinis nominibus des Pseudo-Dionysius Areopagita entwirft er eine Lehre vom Schönen, in der vor allem neuplatonische und peripatetische, darunter metaphysische, intellekttheoretische und ethische Ansätze zu einem komplexen, ‘ganzheitlichen’ Begriff des Schönen zusammenfließen. Der Vortrag soll diesen Begriff und folgende drei Strukturelemente in Alberts Theorie des Schönen verdeutlichen: Lichtmetaphysik, Emanationslehre und Intellekttheorie.

Olivier-Thomas Venard : "Y a-t-il un “problème esthétique” chez saint Thomas d’Aquin ?"

En rééditant en 1970 sa belle thèse de doctorat de 1954, Umberto Eco poursuivait deux buts, si l’on en croit la préface qu’il rédigea alors (cf. U. Eco, Le problème esthétique chez Thomas d’Aquin [Milan, 1956,21970], trad. franç M. Javion, « Formes sémiotiques », Presses Universitaires de France, Paris 1993, 7-12). Sur le plan académique, il rappelait que l’esthétique ne commençait pas avec Baumgarten, et que le moyen âge présentait « une manière cohérente de penser les problèmes du beau et de l’art – selon ce maximum de cohérence concédé par les mécanismes de l’intelligence humaine, et selon l’idéal de cohérence qui gouvernait la pensée médiévale. » Sur un plan plus « autobiographique », il expliquait au passage comment son « enquête sur l’esthétique thomiste » lui avait fait découvrir une « contradiction épicentrique qui mine de l’intérieur le système esthétique thomiste » et l’avait conduit à « régler ses comptes avec la métaphysique et avec la perspective religieuse. » Quarante ans plus tard, en rappelant les grands acquis de son enquête sur le beau chez Thomas d’Aquin, nous examinerons de plus près les raisons que l’auteur italien invoquait pour réputer impossible en 1970 une expérience du beau qu’il faisait sienne en 1954 : tiennent-elles encore en 2011 ?

Félicité Schuler-Lagier : "Le langage symbolique des images médiévales de Chartres"

L’école internationale du Vitrail et du Patrimoine, à Chartres, dispense des enseignements pour tous qui conduisent les étudiants et élèves à mettre en cohérence les savoirs, pour mieux cerner la beauté et le sens des œuvres abordées, ainsi que pour reconnaître le lien avec la société qui les porte.
Depuis des siècles déjà, le sens traditionnel et symbolique des images déroulées autour des portails et dans les verrières des cathédrales, s’estompe. Une pensée orientée par une culture religieuse omniprésente présida à leur création. Si les images placées dans les cathédrales fascinaient les hommes du moyen âge, c’est qu’ils en possédaient les symboles et en comprenaient le langage, conçu par des savants imagiers.

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Lieu : Institut Catholique de Paris. 21, rue d'Assas 75006 Paris

Salle des Actes

Entrée libre

Contact : +33 (0)1 44 39 60 36 (vendredi après-midi) ou courriel

Télécharger le programme : programme IEM colloque Beau (555,62 kB)

 

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