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Editorial de Stephen Bensimon pour la revue "RH&M"

Culture
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Stephen Bensimon a écrit un éditorial pour le numéro de février 2012 de la revue "RH&M" - Ressources Humaines et Management - après en avoir ouvert le 3ème Congrès devant 250 DRH et d'autres acteurs professionnels.

Pour une dialectique de l'optimisme

Harcèlement, discriminations, stress, burn out, pénibilité, souffrance au travail : c'est en négatif que le positif s'annonce et s'énonce !

Car ces dénonciations affirment un optimisme : elles disent que le mal de vivre au travail n'est pas fatalité ni nécessité structurelle.

Nommer le mal marque le début de son recul. Avortement, viol, pédophilie, et demain inceste : lever un tabou prélude à un meilleur respect des droits humains.

Nous participons à la dynamique de ce combat non violent et positif. Or, "combat", pour un dialecticien, signifie création : le signe de ce qui lutte pour exister et s'épanouir.

Heureux le moment où une insitution commence à souffrir de la souffrance de ses membres.

Car la reconnaissance doit précéder la connaissance, et la vie le mieux-vivre.

Mais de quelle vie voulons-nous le mieux-vivre ? de quel être cherchons-nous le bien-être ?

Toute stratégie est vision d'ensemble à long terme. Mais sous peine que le remède soit pire que le mal, elle passe par du sur mesure à taille humaine, des petites ruses pour déjouer la pesanteur toujours croissante des contraintes professionnelles.

"Stratégie : ensemble de stratagèmes" note si justement Schopenhauer.

Sans créativité, tout travail met notre humanité en péril

Maeterlinck évoque ainsi un personnage : "un petit être extraordinaire,... comme tout le monde !"

Mais que devient cette richesse humaine dans l'actuelle mondialisation des individualismes ?

Singularité sans solidarité est solitude. Comment rassembler les hommes pluriels ? Comment les maintenir en harmonie, ou au moins en cohérence ?

Le travail ? C'est se réaliser en réalisant, et non "tuer son âme huit heures par jour" (Simone Weil, La condition ouvrière).

Car un être humain, depuis toujours et à jamais, c'est quelques fragiles et résistantes dizaine de kilos, quelques fragiles et précieuses dizaines d'années de vie, et des tonnes de capacité d'amour et de souffrance, de désirs et d'angoisse.

Aussi, sans convoquer l'inconscient mais juste le bon sens, j'emprunterai ma conclusion à celle des Cinq leçons de Freud :

"Notre civilisation, qui prétend à une autre culture, rend en réalité la vie trop difficile à la plupart des individus... Notre idéal de civilisation n'exige pas qu'on renonce à la satisfaction de l'individu... Rappelez-vous l'histoire du cheval de Schilda. Les habitants de cette petite ville possédaient un cheval dont la force faisait leur admiration. Malheureusement, l'entretien de la bête coûtait fort cher ; on résolut donc, pour l'habituer à se passer de nourriture, de diminuer chaque jour d'un grain sa ration d'avoine. Ainsi fut fait ; mais, lorsque le dernier grain fut supprimé, le cheval était mort. Les gens de Schilda ne surent jamais pourquoi.

Quant à moi, j'incline à croire qu'il est mort de faim, et qu'aucune bête n'est capable de travailler si on ne lui fournit sa ration d'avoine."

Humaniser les relation humaines, c'est se souvenir que liberté, dignité, créativité et plaisir sont avec son salaire la nourriture vitale de l'être humain.

Stephen Bensimon,

Directeur de l'Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation (ICP - IFOMENE), médiateur, formateur SciencesPo et Formatys

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