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Chaire Etienne Gilson 2012 : Jean Greisch à l'honneur !

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photo Jean Greisch
A l'occasion de la 15ème année de la chaire métaphysique Étienne Gilson de la Faculté de Philosophie, le professeur Jean Greisch propose un cycle de six leçons se déroulant du 12 au 21 mars 2012 de 18h à 20h.

Jean Greisch : Du « Non-autre » au « Tout autre »

Dieu et l’Absolu dans les théologies philosophiques de la modernité.

« La philosophie consiste à donner un autre nom à ce qui a été longtemps cristallisé sous le nom de Dieu » Maurice Merleau-Ponty.

Quel sort réserver à cet énoncé ? Notre enquête, qui sera un plaidoyer en faveur d’un usage heuristique, critique et non dogmatique du concept d’onto-théo-logie, se focalisera sur quelques désignations emblématiques de l’absolu, en essayant à chaque fois d’en déterminer les enjeux pour l’approche philosophique de l’idée de Dieu.

L’hypocrisie, dit Levinas, n’est pas seulement un vilain défaut moral, c’est aussi le profond déchirement d’une civilisation écartelée entre deux héritages distincts : celui des philosophes grecs et celui des prophètes bibliques. Dans une approche plus problématique que doxographique, nous analyserons les traces qu’une autre « hypocrisie » a laissé dans les théologies philosophiques de la modernité. Elle oppose et relie deux registres de nomination : « l’Absolu » et « Dieu ».

Le terminus a quo de notre enquête est formé par le terme « le Non-autre » forgé par Nicolas de Cuse dans le dernier de ses dialogues philosophiques. Son terminus ad quem est l’expression « le Tout autre » qui est aussi bien la marque de fabrique de la théologie dialectique (K. Barth) que la signature conceptuelle d’une certaine phénoménologie du sacré (R. Otto).

Vu l’ampleur du champ d’investigation, nous nous focaliserons sur quelques « nœuds » particulièrement remarquables qui permettent non seulement de mieux comprendre où les théologies philosophiques modernes ont voulu en venir, mais également de donner une profondeur de champ historique aux débats contemporains relatifs à « l’onto-théologie », « l’idolâtrie conceptuelle » et aux « théologies négatives ».

Six leçons

12 mars 2012 - Leçon I : L’arc héraclitéen est-il toujours bandé ?
Cette première Leçon précisera la nature de notre enquête. Elle se développe sous l’égide du Fragment 32 d’Héraclite, à qui nous devons également l’invention du syntagme « l’absolu » : « L’Un, la Chose sage et elle seule, elle veut et elle ne veut pas être appelée du nom de Zeus ». Nous nous demanderons d’abord sous quelles conditions la structure formelle du questionnement, que Heidegger caractérise par le ternaire : Gefragtes, Befragtes, Erfragtes, se laisse transférer à ce qu’on appelle la « question de Dieu ». Nous développerons ensuite la thèse que chaque époque a la question de Dieu qu’elle mérite. Cela nous permettra de formuler l’hypothèse de travail qui sous-tend toute notre enquête : le questionnement contemporain nous place au carrefour de trois questions également décisives : où est Dieu ? qui est Dieu, comment vient-il à l’idée ?

13 mars 2012 : Leçon II : « Non-Aliud » ou : l’Un n’exclut pas les autres (Nicolas de Cuse)
Du début à la fin, les écrits et sermons du Cardinal Nicolas de Cuse (1401-1464) attestent la naissance d’un nouveau type d’intellectualité qui transcende les distinctions disciplinaires classiques. Dès la Docte ignorance (1440), il met en place une conception de l’absoluité divine (« maximitas absoluta ») qu’il ne cessera d’affiner jusque dans son dernier dialogue : « De non-aliud », où il montre comment il entend la parole de Maître Eckhart : « Notez bien comment Dieu se distingue par son indistinction même ». En accompagnant le Cusain dans les étapes progressives de l’élaboration de cette notion, nous nous demanderons quelle est sa conception de l’altérité et en quoi elle lui permet de relancer les thèmes de la théologie négative hérités de Proclus, du Pseudo-Denys et de Maître Eckhart. En même temps, il s’agira de vérifier, en référence au De pace fidei, si la conception de Dieu comme « Non-autre » peut servir de base au dialogue interreligieux.

14 mars 2012 - Leçon III. « Causa Sui » : Le « géomètre de l’Absolu » et « l’amour intellectuel de Dieu » (Spinoza)
Même si, d’après Heidegger, le nom propre du Dieu de la métaphysique sous les espèces de l’onto-théologie est « Causa sui », Heidegger a évité de se mesurer à Spinoza, le penseur qui donne le plus de relief à cette notion. C’est cette lacune qu’il s’agira de combler, en analysant la manière dont Spinoza a transformé les principaux acquis de la « théologie blanche » de Descartes, en postulant l’unicité de la substance et en montrant sous quelles conditions « un être absolument infini, c’est-à-dire une substance constituée par une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie » peut faire l’objet d’une connaissance du troisième genre. C’est sur cette toile de fond que nous interrogerons l’idée que Spinoza se fait de la vie éternelle et de l’amour intellectuel de Dieu.

19 mars 2012- Leçon IV. « L’idéal transcendantal » et les conditions de possibilité d’une foi raisonnable (Kant).
Même si Kant n’est pas un « philosophe de l’Absolu », cette notion ne lui est pas étrangère. Si, dans son œuvre critique, il se livre à une déconstruction systématique de l’ancienne théologie naturelle, cela ne signifie nullement, comme le suggèrent certaines lectures tendancieuses de Kant, que sa conception de la finitude fasse de lui cet « Alleszermalmer » que Mendelssohn voyait en lui. Plus qu’un « broyeur universel », il est un refondateur, non seulement en matière de métaphysique, mais aussi en matière de théologie philosophique. C’est l’originalité de la redéfinition kantienne de l’idée de Dieu et des fonctions que Kant lui assigne après son tournant critique qui fera l’objet de cette quatrième Leçon, dans laquelle nous nous demanderons avec Kant, en quoi l’idée de Dieu est un « idéal incomparable » (Ideal ohne gleichen, B 639s).

20 mars 2012 - Leçon V. Le devenir-sujet de l’Absolu. L’achèvement « onto-théo-égo-logique » de la métaphysique (Hegel, Schelling)
La thèse hégélienne que l’Absolu n’est pas Substance, mais Sujet marque le sommet des tentatives modernes de mettre en relation Dieu et l’Absolu, à quoi il faut ajouter la conception schellingienne d’une histoire supérieure, celle de l’Absolu lui-même. Sous quelles conditions la philosophie réussit-elle à penser l’Absolu dans sa réalité vivante, en explorant librement et sans entraves la profondeur de celui-ci ? Est-ce le Concept hégélien ou l’intuition intellectuelle, pariant sur le fait que « l’absolu ne peut être donné que par l’absolu » qui est la voie la plus prometteuse ? De quel prix fallait-il payer la tentative de « revendiquer les pleins pouvoirs de la philosophie comme science absolue et comme science de l’Absolu » ? Comment nous situer aujourd’hui face à ce que Heidegger désigne comme « onto-théo-égo-logie » ?

21 mars 2012- Leçon VI : « Tout autrement » : Sur les traces du « Tout Autre ».
Dans cette dernière Leçon, nous mettrons à l’épreuve une hypothèse formulée dans la première Leçon : la figure du Dieu « Tout autre » surgit au carrefour de trois questions par lesquelles nous avons défini la situation contemporaine concernant la question de Dieu : où est Dieu ?, Qui est Dieu ? Comment se manifeste-t-il ?
A l’encontre d’un usage superficiel de la catégorie d’Altérité, nous défendrons un concept plurivoque, à la lumière duquel nous engagerons le débat avec cinq acceptions possibles du « Tout Autre ». La première est un rappel sous forme d’avertissement : les premiers siècles chrétiens ont rencontré le « Tout autre » dans la conception gnostique d’un Dieu qui se distingue radicalement du Créateur du monde, et dans l’idée que Marcion se faisait des rapports entre le Dieu de la Bible hébraïque et de celui de Jésus-Christ. D’où la question : sous quelles conditions peut-on parler du « Tout-autre », sans succomber au piège gnostique ? Nous examinerons ensuite quatre conceptions distinctes du « Tout Autre » : 1. L’idée kierkegaardienne, également entérinée par la théologie dialectique (K. Barth), de la différence qualitative infinie entre Dieu et le péché 2. La phénoménologie de Rudolf Otto qui greffe la notion du « Tout Autre » sur une description de l’expérience du sacré. 3. Le « dernier Dieu » de Heidegger, qu’il présente comme le « tout autre en comparaison de ceux qu’il y eut ici, notamment le Dieu chrétien ». 4. L’énigmatique thèse de Derrida : « Tout autre est tout autre ».

Retour en images sur ce bel événement de pensée...

La Chaire Gilson 2012 : Le Professeur Jean Greisch à l'honneur mais également de grands invités venant échanger...

JL Marion et J. Greisch
Jean Greisch

 

P. Capelle, J.Greisch, E. Falque

 

J. de Gramont et J. Greisch
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