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Regard d’un prêtre congolais sur la COP21

Regard d’un prêtre congolais sur la COP21

Albert Kimbembé est prêtre congolais et doctorant à la FASSE après avoir obtenu un M2 politiques environnementales et management du développement durable (PEMDD). Estelle Grenon, de la Conférence des Évêques de France, a retrouvé Albert au Grand Palais, où il participait à une table ronde sur Spiritualités, Traditions et Économie verte. Il évoquait le rapport au sacré dans la culture congolaise, où l’on demande l’autorisation pour entrer dans une forêt, où chaque élément de la nature a une âme. À la suite de sa table ronde, il lui a raconté sa première COP21.

Dans quel cadre avez-vous participé à la COP21 ?


J’ai participé à la conférence climat des Nations-Unies dans la délégation congolaise.
Dans le cadre de ma thèse sur les « Enjeux des espaces urbains de Brazzaville : construction institutionnels, acteurs, monde de régulation et crise de l’environnement », j’aide le département recherche du ministère du Développement Durable au Congo. J’apporte des pistes de réflexion à la délégation congolaise.
Pour ma première participation à la COP, j’ai eu une surprise agréable quand je suis allé chercher mon badge d’accréditation à la zone bleue du Bourget. En organisme d’envoi, il était indiqué : Église catholique, et non un cabinet ministériel. Ils reconnaissaient ainsi que l’Église est aussi un partenaire et que ce partenaire s’intéressait aux questions de l’environnement dans une approche sociétale.
 

Que pouvez-vous nous dire sur le déroulé des négociations ?


Au début de la première semaine, les chefs d’État ont pris la parole pour fixer le cap de leur pays. Le Vatican par exemple était représenté par le cardinal Parolin. Il a insisté sur « la conscience que nous avons d’être une seule famille humaine, et la certitude qu’il n’y a pas d’espace pour ce qu’on a appelé la globalisation de l’indifférence ». Puis, il a appelé les pays à leur responsabilité : « le style de vie actuelle, avec sa culture de marginalisation, est insoutenable et ne doit pas avoir droit de cité dans nos modèles d’éducation et de développement. ».

Ensuite, les ministres sont arrivés pour négocier. Huit thèmes ont été abordés dans les négociations :
  • adaptation au changement climatique,
  • atténuation de ses effets,
  • développement et transfert de technologie,
  • financement,
  • renforcement des capacités,
  • transparence,
  • évaluation,
  • pertes et dommages.
Il y a eu les paroles à la tribune mais beaucoup d’échanges se sont faits dans les couloirs et dans les pavillons, par exemple au pavillon Afrique, francophonie. 
 

L’Église et l’encyclique "Laudato si " ont-elles influé sur les négociations ?


C’est à point nommé que le pape François a sorti son encyclique pour relancer les chrétiens à savoir vivre avec la nature.
Son encyclique a été très souvent citée à la tribune par les hommes politiques, croyants et non croyants. Maintenant, il ne faut pas en rester aux mots. Il faut lancer une vraie pastorale écologique, mener des actions dans l’Église pour appliquer le message du pape. Ou c’est la spiritualité qui s’écologise, ou c’est l’écologie qui se spiritualise.
 

Quelle place ont pris les États d’Afrique dans les négociations ?


L’Afrique est un continent vulnérable au réchauffement climatique alors qu’il n’est pas grand pollueur et ne contribue qu’à hauteur de 4,5 % des émissions globales de gaz à effet de serre. Elle subit les effets du réchauffement climatique de plein fouet avec des épisodes plus fréquents de sécheresse, des inondations à d’autres endroits, de la déforestation… Chaque État s’est interrogé selon ses priorités : je négocie quoi, jusqu’où je donne.

 

Quelles étaient vos priorités ?


Que la gestion des ressources sorte d’une logique de capture et de rente avec une opacité des allocations des ressources tirées de la terre. On a cette priorité commune dans les pays du bassin du Congo : Centrafrique, République démocratique du Congo, Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale.
On a besoin que nos chefs d’État fassent pression pour que les ressources profitent aux populations. Le peuple crie et les dirigeants s’enrichissent. On veut préserver l’écosystème qui vient de la forêt. Pensez-y : 300 millions de personnes vivent en forêt ; 80 % de la biodiversité vient des forêts ; 50 % de la biodiversité vient de la forêt tropicale. Tout est lié, comme dit le pape François, protéger la nature c’est protéger les humains qui vivent dedans et en dépendent. Prendre soin de la maison commune, c’est aussi prendre soin des hommes (surtout les plus pauvres) et honorer ainsi la volonté de Dieu.
 
Cette interview a été publiée avec l'aimable autorisation de son auteur, Estelle Grenon ;  elle est disponible sur le site Missionnaires Spiritains.